Adolphe Appia

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* 1.9.1862 Genève, † 29.2.1928 Nyon VD. Grand-oncle de Dominique A., peintre et décorateur.

Après une enfance à Vevey, A. commence à étudier la musique à Genève, notamment avec →Hugo de Senger, avant d’aller compléter sa formation à Leipzig (1882/83), Paris (1884-86) et Dresde (1886-90). Il se rend plusieurs étés à Bayreuth (1882, 1886, 1888, 1894) où il s’imprègne de l’œuvre de →Richard Wagner, notamment en compagnie d’Houston Stewart Chamberlain, et prend dès 1888 la résolution de réformer la mise en scène, parce que les réalisations scéniques des grands chefs-d’œuvre musicaux lui paraissent figées, conventionnelles et alourdies d’un fatras décoratif réaliste qui étouffe la présence vivante des acteurs. Au Théâtre de Dresde, puis à l’Opéra de Vienne, il suit des stages pratiques de techniques décoratives et d’éclairage, domaine en pleine innovation (1889-90). Il rédige dès lors des cahiers de notes pour mettre en scène les œuvres de Wagner, dessine des décors, de plus en plus dépouillés, et écrit en 1892 dans le prolongement de ces études La Mise en scène du drame wagnérien, texte fondateur publié à Paris (1895). En 1896 à Zurich, il supervise la mise en scène de Der Weinbauer de son ami Chamberlain dont il a conçu les décors en 1893, l’un de ses rares projets qui aboutit. Pour combattre une fragilité nerveuse et brider son homosexualité, il passe l’essentiel des années 1890 à la campagne, dans plusieurs lieux de retraite successifs, principalement à Bière (1893-99). Dès 1895, il écrit La Musique et la Mise en scène ouvrage publié en traduction allemande, Die Musik und die Inscenierung, à Munich (1899), avec en annexe dix-huit planches reproduisant en réduction ses dessins. Pour lui, la mise en scène est l’art de projeter dans l’espace ce que le dramaturge n’a pu projeter que dans le temps; renversant le primat de la toile peinte, il hiérarchise les moyens d’expression dramatique en prenant d’abord en compte l’interprète, comédien ou chanteur qui représente le drame, puis l’espace – dans ses trois dimensions – au service de la forme plastique de l’acteur, ensuite la lumière, qui vivifie l’un et l’autre et enfin seulement la toile peinte. En 1906, il rencontre →Émile Jaques-Dalcroze et participe dès cet été-là aux cours de →rythmique. Il en suit à nouveau en 1908, collaborant dès lors et jusqu’en 1912 avec Jaques-Dalcroze, et ses esquisses bénéficient de cet apport. L’espace construit dont il rêve, fonctionnel pour l’acteur et envisagé dans ses trois dimensions, nous fait entrer dans l’ère de la scénographie. Si La Musique et la Mise en scène ne paraît finalement en langue originale qu’après le centenaire de sa naissance (1963), il publie en revanche à Genève, chez Atar, L’Œuvre d’art vivant (1921), où il développe sa philosophie de l’art et présente en annexe dix-neuf nouvelles planches qui enregistrent son évolution vers un dépouillement décoratif complet, atteignant l’abstraction de volumes aux lignes pures, rythmiques. Architecturant l’espace scénique, désormais totalement ouvert aux déplacements des comédiens, il contribue à élaborer le fait théâtral moderne, tout autant que Jaques-Dalcroze qui révèle durant cette même période l’univers expressif du corps. Ils offrent à la scène de leur temps les moyens d’une évolution devenue nécessaire: l’introduction de l’électricité au théâtre a décuplé les possibilités d’éclairage, rendu tout l’espace du plateau bien visible et préparé la scène à de nouvelles pratiques du jeu et de la décoration. Les exigences qu’impliquent leurs travaux vont aussi dans le sens d’un théâtre voué à l’art, à la création, à l’invention, lequel prendra peu à peu la place du théâtre purement commercial. Resté d’abord occulté par le travail d’Edward Gordon Craig, les textes théoriques d’A. et ses dessins de scène ont inspiré plusieurs générations de décorateurs dès les années vingt en Allemagne, puis dans les pays anglo-saxons et ensuite francophones. Ses Œuvres complètes ont été éditées en quatre volumes par l’Âge d’homme à Lausanne et la →Société suisse du théâtre et commentées par Marie-Louise Bablet-Hahn, avec une introduction et la caution scientifique de Denis Bablet (1983-92). Ses dessins de scène ont donné lieu à deux portefeuilles de reproductions, l’un de cinquante-six planches de lithographies contrecollées, avec une introduction de Henry Bonifas (1929), l’autre de vingt fac-similés sur des papiers de couleur similaires aux originaux, avec présentation de →Martin Dreier (1993).

Bibliographie

  • Walter R. Volbach. A. A., prophet of the modern theatre: a profile, Middletown, Wesleyan University Press, 1968.
  • A. A. ou le Renouveau de l’esthétique théâtrale, dessins et esquisses de décors, catalogue de l’exposition au Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne, Lausanne, Payot, 1992.

Archives

  • Fonds A. A. de la Collection suisse du théâtre, Berne. Musée d’art et d’histoire, Genève.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Adolphe Appia, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 59–60.

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