Casino-Théâtre de Genève, Genève GE

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Lieu de production (1892-1970), puis d’accueil et de production

Sur les terrains qu’ils acquièrent en 1881, Henri Villard et sa femme Joséphine Dubouloz bâtissent la Brasserie et Casino de l’Espérance, débit de boisssons et salle de spectacle qui se dote durant l’été d’une scène extérieure pour des concerts. Directeur des spectacles du lieu, où il réalise en 1892 la première →Revue de Genève, Joseph Antoine Henri Cliquet de Beaulieu, dit Henriot, rachète l’établissement en 1894 et fait bâtir le théâtre actuel, inauguré en 1898. Sous sa direction, la revue annuelle s’impose, offrant ses débuts d’auteur et d’arrangeur à Henri Christiné. Puis en 1903, Henriot vend le fonds à →Fradel (père), entrepreneur de spectacle français associé pour l’opération à Paul Chambot. Fradel dirige ce lieu auquel il donne son nom actuel, puis le vend en mai 1909 à son fils, associé à Fleury. →Alfred Fradel est comédien et poursuit l’exploitation du lieu en y proposant une vingtaine de vaudevilles joués d’abord entre une et deux semaines. Durant la guerre, il est mobilisé en France, et ne revient qu’ensuite s’occuper de son théâtre, où il exerce successivement tous les postes. S’il commence dès 1920 à mettre en scène quelques-unes des réalisations, cette part artistique est d’abord dévolue à Deroudilhe (1914-18), J.-M. Rivière (1918-20), André Dot (1920-22, 1925-28, 1931-35), Préher (1923-25), Léon Nurbel (1928-31). Fradel fils reste seul propriétaire et directeur (1926-41) et seul metteur en scène des spectacles dès 1935. Outre la collaboration suivie avec le revuiste Ruy Blag (Marius Berthet), il produit dès 1937 plusieurs réalisations populaires de →Charlie Gerval et →Alfred Penay. Lorsqu’il décède en 1941, sa femme Marguerite reprend la direction en s’appuyant sur les forces vives de la maison et notamment pour la mise en scène sur Alfred Penay. Ils poursuivent la gestion de la salle dans un répertoire le plus souvent léger, et proposent plusieurs pièces d’auteurs helvétiques comme →Alfred Gehri, Albert Verly, →Gisèle Ansorge. Le lieu est familièrement nommé "Casin" par les Genevois; dès les années cinquante on l’appelle aussi "Petit Casino" pour le distinguer du →Kursaal de Genève, Genève GE lorsque celui-ci prend le nom de "Grand Casino". En 1957, →Claude Fradel, musicien qui commence à faire carrière à Paris, reprend le flambeau que lui passe sa mère. Il poursuit dans le même répertoire: les auteurs les plus joués sont Jean Guitton et André Roussin. Il présente d’octobre à mai quatre spectacles de boulevard et la revue, pour un public d’environ 80’000 spectateurs par saison dans les années cinquante puis 60’000 jusqu’au milieu des années soixante. Les comédiens de la troupe permanente sont principalement →Rimert, →Hermine, →Rirette Marnay et →Henri Lauriac, et parmi les jeunes →Irène Vidy, →Jean-Charles Fontana, →Jo-Johnny. Les charges augmentent, les moyens diminuent et le nombre de réalisations se réduit à trois dès 1969/70, et même à une seule pour la saison 1970/71. La fréquentation chute encore d’un tiers et descend au-dessous des 40’000 spectateurs dès le début des années septante. Il n’y a dès lors plus de troupe, mais un fragile équilibre se dessine ensuite en complétant avec des spectacles de variété un programme de trois productions présentées durant trois à quatre semaines et la revue d’automne qui se joue durant deux à trois mois. Dès 1969 et la fermeture du →Carénage de Port-Gitana, il s’y donne aussi la revue d’été du groupement des Artistes Professionnels de Genève. Le C. accueille par ailleurs les →Artistes Associés de Lausanne qui présentent un semblable répertoire (1972-76). Devant de nouvelles taxes et ayant perdu tout espoir de trouver un appui de la Ville, Claude Fradel se résout à vendre et à quitter le lieu en 1976. Le nouveau propriétaire est intéressé d’y trouver un point de chute pour les tournées Karsenty-Herbert que →Richard Vachoux ne veut plus accueillir à la →Comédie de Genève, Genève GE. Cette situation ne dure pas: laissé sans entretien, le bâtiment devient dangereux et se trouve en partie frappé d’interdiction d’exploitation. La Ville de Genève le rachète (1982), le rénove (1986-89) et en confie la direction et la gérance (1989-96) à la Société anonyme du Grand Casino, représentée par l’impresario Jack Yfar, qui s’engage à y laisser place à la Revue de Genève, alors réalisée par →Pierre Naftule et Pascal Bernheim, et à une autre production genevoise au printemps. Le lieu accueille par ailleurs d’autres réalisations romandes, francophones, des tours de chant, des opérettes. Dès 2004/05, le C. présente aussi des réalisations de la compagnie Confiture menée par →Philippe Cohen.

Données techniques

adresse, rue de Carouge 42. Le hangar-brasserie d’origine est transformé en véritable théâtre à la facade Heimatstil par les architectes Johannes Grosset et Ami Golay, et inauguré sous sa nouvelle forme en 1898. La salle compte alors 676 places. La scène, sans dessous ni cintres, n’offre de dégagement qu’à jardin, l’ouverture de scène est de 5 m. 50 pour une hauteur de 4 m. 50. La largeur complète de l’avant-scène est de 7 m. 50, la profondeur du plateau de 11 m. 25, et la largeur maxi­male du plateau mesure de 14 m. à 14 m. 75, y compris le dégagement à jardin d’environ 4 m. 50. Le lieu possède un atelier de construction et un magasin de décors que les transformations des années quatre-vingt changent en bureaux; un gril praticable est aussi installé à 12 m. au-dessus de la scène. À la réouverture après rénovation en 1989, la salle compte 487 places.

Bibliographie

  • Juliane Bourgeois, 100 ans de revues genevoises, Ville de Genève, 2000.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Casino-Théâtre de Genève, Genève GE, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 351–352.