Les Salons, Genève GE

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Groupe théâtral d’amateurs et salle de représentation

Un groupement qui se veut apolitique se forme en 1842 sous le nom de Société genevoise des amis de l’instruction, fournissant divers enseignements pour le développement moral et intellectuel de ses membres (1842-62); →Rodolphe Töpffer fait partie des premiers conférenciers et chargés de cours. Une section de récitation s’y développe qui présente d’abord des fragments d’œuvres classiques; parmi les membres présents dès cette époque, on retient →Marc Monnier et →Louis Dubois. Dès 1860, cette section donne des représentations complètes de pièces de Molière, de Labiche, d’Émile Augier, quelques vaudevilles du temps et La Ligne droite, comédie de Marc Monnier (1869). Son rythme de production est soutenu: elle présente, par exemple, pour la seule année 1861 six œuvres classiques, cinq modernes et plusieurs vaudevilles. Après trente ans d’activité dans différents lieux, la Société peut construire grâce à un mécène son propre bâtiment rue Bartholoni, dont l’architecte, Jacques Élysée Goss, est aussi responsable du chantier voisin du →Grand Théâtre de Genève. Les nouveaux locaux construits pour elle, et qu’elle occupe depuis lors sont inaugurés le 14 octobre 1876. La plupart des pièces qui s’y jouent jusqu’en 1898 sont des classiques ou d’anciens succès français d’Hennequin, Ohnet, Halévy, Erckmann-Chatrian, mais on y crée aussi Le Roman d’un jardin, quatre actes d’Adolphe Ribaux (1.2.1896), et Château d’amour de Daniel Baud-Bovy en mai 1897. Sous la présidence de G.-Louis Arlaud (1898-1912) la Société adopte le nouveau répertoire naturaliste, s’adapte au style de jeu qu’il implique et donne de grandes réalisations dont Ruy Blas de Victor Hugo (1900), Severo Torelli de François Coppée (1902), L’Arlésienne de Daudet; elle crée aussi quelques auteurs genevois comme →Émile Jaques-Dalcroze, Jean Violette, Jean Mézel, Henri Odier et joue →René Morax. En 1895, →Ernest Fournier participe aux activités du groupe et à nouveau autour de 1903. Dès la fin de 1911, le professeur Georges Baroz dirige la réalisation des spectacles de la Société, dont William Henssler prend la présidence (1912-32). La Société participe alors à la création de trois pièces de →Mathias Morhardt au Grand Théâtre (1913); elle produit aussi la Revue des Amis (1914) suivie de Anastasie... peut-on le dire? (1915), Tout simplement... (1916), Fium...Istrie! (1920), dues discrètement à la plume de →Victor Snell. La Société se distingue dans de nombreux concours internationaux avant et après la guerre, dont celui de Troyes où elle glâne deux premiers prix en division d’excellence (1913) puis au suivant, à Marseille (1923), elle obtient les mêmes récompenses complétées du grand prix de la Ville de Marseille et de l’honneur d’organiser le congrès et le concours international à Genève en juin 1924. Désormais placée en catégorie hors-concours, la Société cumule les premiers prix aux concours suivants de Rouen, Bruxelles, Lyon, Strasbourg (1925-28). Elle crée aussi notamment durant cette période deux pièces de Georges Oltramare, Le Rat d’hôtel (17.1.1920) et Ne coupez pas! (25.3.1931). La Société fait partie en 1926 des compagnies fondatrices de la FSRSTA (→FSSTA), fédération romande que William Henss­ler est le premier à présider. Dès 1928, commence la réalisation de volumineux spectacles, notamment donnés au Grand Théâtre, où la Société présente Aliénor (1931) et Tell (1935), grandes œuvres patriotiques de René Morax, et crée deux adaptations shakespeariennes de →René-Louis Piachaud: La Farce des joyeuses commères où l’adaptateur tenait le rôle de Falstaff (1.3.1928) et Le Marchand de Venise mis en musique par →Albert Paychère, avec la participation de Lugné-Poe dans le rôle de Shylock (24.5.1934). Après la Deuxième Guerre mondiale l’activité reprend avec la création de Tristan et Iseult, drame en cinq actes de Jules Baillod, dont les deux rôles-titres sont tenus par →René Habib et →Isabelle Villars (26.10.1946). Pierre Baroz préside désormais la société, le plus souvent mise en scène par René Habib qui y réalise notamment Le Compagnon de voyage de →Carlo Castelli traduit par Yvette Z’Graggen (15.3.1974), puis pour le centième anniversaire de leur salle, deux pièces de Rodolphe Töpffer (1976). Pierre Mégevand reprend la présidence (1980-85), puis lui succède Gabriel Baroz, fils et petit-fils des précédents, qui parvient à maintenir malgré tout une activité durant la fermeture de la salle de spectacle, organisant dans ses autres locaux des concerts et quelques réalisations théâtrales. Réouverte en 1998 sous son nom actuel de S., la salle présente à nouveau environ une réalisation par an de la compagnie d’amateurs qui adopte le même nom. Le reste de l’année, elle est louée pour des productions professionnelles de compagnies indépendantes principalement genevoises et romandes.

Données techniques

adresse, rue Bartholoni 6. Située au 1er étage de l’immeuble, la salle de spectacle contient à l’origine 400 places, réparties sur un parterre et un balcon, contenance portée plus tard à 450. Sans cesser de présenter occasionnellement les réalisations de la compagnie, la salle devient aussi dès 1961 le cinéma d’art et d’essai L’Écran. Fermée pour raisons de sécurité dès 1982, des travaux de restauration peuvent être entrepris dans la salle à partir de 1996, ainsi que dans le grand salon attenant. À sa réouverture en 1998, elle offre désormais une salle de spectacle de 172 places, aménagée et équipée de façon moderne. La cage de scène est surélevée d’un étage. L’ouverture de scène est de 5 m. 75 et la profondeur de 6 m. 50; la hauteur du cadre est à 7 m.

Bibliographie

  • Frédéric Schopfer, S. Livre du centenaire 1842-1942, Genève, [1942].
  • Leïla El-Wakil, "Jacques-Élysée Goss, d’un petit au Grand Théâtre", in Revue du Vieux Genève 1992.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Les Salons, Genève GE, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 3, p. 1558–1559.