Michel Viala

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* 17.5.1933 Genève. De son vrai nom Claude Michel Tissot.

À Genève, après les cours des pères Salésiens, puis ceux du Collège, V. suit les Beaux-Arts et apprend aussi sur le tas plusieurs métiers des coulisses et de la scène. Il joue au Théâtre de Poche une dizaine de fois sous la conduite de →William Jacques (1953-56), notamment Astrov dans L’Oncle Vania de Tchekhov (1955), puis durant toute la saison 1956/57 pour →Fabienne Faby. Après avoir collaboré avec Louis Molina à des décors pour une revue du →Carénage de Port-Gitana (1953), il travaille aussi comme décorateur au Théâtre de Poche (1955-57), joue au →Casino-Théâtre et au cabaret le Moulin à poivre. Au →Théâtre du Petit-Chêne à Lausanne, il participe comme comédien à trois productions et signe trois décors (1955-58), notamment celui pour Des souris et des hommes de Steinbeck, où il est Georges (1956). Après des voyages en Afrique et en Asie, il revient à Genève où il commence à écrire et à mettre en scène, dès 1965. D’esprit anarchiste, ses premiers textes sont réalisés à la radio, puis les acteurs d’un café-théâtre de Genève créent La Pierre, suicide métaphysique d’une amoureuse des déserts, avec l’aide de l’armée, Le Blé, avare inquiétude d’un possédant primaire, et La Machine, grande entreprise où le poète est un grain de sable à éliminer (4.3.1967); en octobre 1967, ce groupe se donne le nom de →Tréteaux Libres et présente La Machine et Le Blé dans plusieurs villes de Suisse, puis au Café-théâtre de l’Absidiole à Paris durant un mois, en Belgique et à travers la France. Au Studio du →Théâtre de l’Atelier de Genève, l’auteur crée notamment sa pièce Le Dialogue avec →Jacques Probst (10.5.1969), lequel monte ensuite un autre de ses textes, Le Datura, ou la Guerre est inexplicable au Festival du Bout-du-Monde de 1971. Ses écrits montrent souvent un homme hors norme mené à sa perte dans une société devenue folle, comme dans Le Gris, créé à →La Tarentule de St-Aubin en 1967. Dans La Clinique du docteur Helvetius, il représente la Suisse à la façon d’une clinique d’aliénés : donnée d’abord en lecture-spectacle par le →Théâtre Populaire Romand lors de la biennale 1968 à La Chaux-de-Fonds, la pièce est censurée par les autorités subventionnantes lausannoises en 1970. Avec l’Atelier de Genève, il joue et réalise Liguarel, titre anagramme de guérilla, spectacle de cabaret qui parodie les velléités para-révolutionnaires des jeunes petits bourgeois (19.12.1969). Il adapte aussi Le Soleil foulé par les chevaux de Jorge Enrique Adoum que présente →François Rochaix au Parc des Bastions (14.7.1970). Avec le décorateur →Jean-Claude Maret, il réalise Le Bunker (Lausanne, La Cité-L’Âge d’homme, 1971), enquête sur l’assassinat d’un chef d’industrie qui se prenait pour Hitler et forçait ses proches à de multiples compromissions (24.2.1971). Ensuite il évoque le couple dans plusieurs pièces éditées chez Pajouvertes à Genève (1975-77). Il crée lui-même Hans Baldung Grien, cas extrême d’amour à mort, au Caveau des →Faux-Nez (23.1.1973). →Martine Paschoud monte Jeu de sable au →Théâtre de Carouge-Atelier de Gernève (27.12.1974), où Rochaix réalise aussi La Remplaçante (18.1.1976); →Maurice Aufair présente L’Objet au →Théâtre les Trois Coups, à Lausanne (8.5.1975), et William Jacques donne Vacances au Théâtre de Poche de Genève (16.9.1976). Dans le registre de la farce populaire, il écrit Le Creux (Pajouvertes, 1974), créé au Parc Tremblay par Rochaix (8.7.1974) qui l’y reprend l’été suivant; ce texte connaît une longue fortune auprès des compagnies d’amateurs. Spectacle pour enfants, L’Arbre qui ne voulait pas mourir est présenté par →Dominique Catton avec le →Théâtre Am Stram Gram au Théâtre de Carouge (6.10.1977). Autre forme de duo, Séance confronte une serveuse fatiguée au dernier représentant vivant d’une société de contemporains (Pajouvertes, 1975); ce texte à l’humour noir décapant est créé à Soleure au →Theater Biel Solothurn (5.10.1974) par →Pierre Ruegg, et repris plusieurs fois par →Maurice Aufair. Dans Vérification d’identité, que l’auteur monte lui-même à nouveau à Soleure (21.10.1975), c’est le Christ qu’on arrête aujourd’hui dans un aéroport, pour "délit de faciès" (Pajouvertes, 1975). Chômage, créé par la comédienne →Jacqueline Jany à Lausanne (6.4.1976), égrène les tristesses et les petites joies d’une quadragénaire à bout de courage. Le →Théâtre Mobile crée à Genève Crise, jeu de voyeurisme que met en scène →Marcel Robert (14.4.1976). Dans Le Parc qu’il réalise au →Caveau, →André Steiger fait dialoguer deux jeunes mères (11.1.1977). La folie hante toute l’œuvre de Viala et apparaît comme un vrai monde dans Est-ce que les fous jouent-ils ? créé au Théâtre Essaïon à Paris, par Pierre-Olivier Scotto (26.11.1980) qui la reprend l’année suivante à la Gaité-Montparnasse, puis monte à l’Escalier d’Or J’veux du bonheur où des fiançailles petites bourgeoises tournent au jeu de massacre, révélant d’infinies solitudes (1984); ces deux textes sont publiés par la revue L’Avant-scène théâtre n° 701 et n° 758 (1982 et 1984); pour le second, la version de l’auteur est éditée d’abord dans le recueil de treize de ses pièces, dont quelques-unes inédites (M. V., Théâtre, Genève, Favre, 1990), puis aux Deux Continents, à Genève (1993). Il fait imprimer aussi plusieurs recueils de "poèmes à crier", composant tout ou partie de spectacles, comme pour Violences que donne le Théâtre de l’Atelier (1970); ses 25 poèmes titrés Il (Lausanne, La Cité-L’Âge d’homme, 1971) portent ensuite le titre de Violences II, alors que "Il" (Genève, Écarts, 1974 et 1977) est un monologue que l’auteur crée au →Théâtre des Faux-Nez à Lausanne (28.12.1971); il publie aussi Violences III et Poèmes épars (Pajouvertes, 1974). Il redécouvre ensuite l’efficacité du vers décasyllabique, d’abord avec le monologue Par Dieu qu’on me laisse rentrer chez moi (Genève, Écarts, 1978; 2e éd. Théâtre de Carouge-Atelier de Genève, 1979), créé sous la direction d’→Armen Godel par François Rochaix (6.4.1979). Il écrit de même un long poème Les Artistes - Une nuit pour Vaclav Havel au Festival d’Avignon (1982) et poursuit dans cette voie avec Cette douleur, ce déracinement, autre grande laisse, à deux voix cette fois mais toujours en décasyllabes, publiée dans Choix de poèmes (Genève, pEX, 1989). Dans le même mètre, il adapte en 1991, d’une part L’Assemblée des femmes d’Aristophane mise en scène par →Michel Voïta au →Théâtre de Vidy, et d’autre part L’Orestie d’Eschyle pour une réalisation internationale de François Rochaix d’abord à Bergen en Norvège en juin 1991, puis à Cernier dans le canton de Neuchâtel et à Moscou. Pour les trente ans des débuts du Théâtre de l’Atelier, il fournit encore Atelier créé par Rochaix au →Théâtre Saint-Gervais (28.9.1993). Plusieurs de ses textes courts (2001-04) sont réunis sous le titre Petit bois par →Françoise Courvoisier qui en fait un spectacle au →Nouveau Théâtre de Poche (18.10.2004). Par le cinéma, il obtient une reconnaissance importante en 1973, lorsque L’Invitation, film réalisé par Claude Goretta sur son scénario, obtient le prix du jury au Festival de Cannes. Dès lors, la télévision s’intéresse à lui et lui fournit l’occasion de travailler à de nombreuses réalisations filmées de ses textes théâtraux dont Le Bunker (1976), Séance et L’Objet (1977), ou de fictions originales comme La Complainte des deux Suisses (1978), Le Dernier Regard de l’aigle (1980), Le Pont des soupirs (1983), La Nuit de l’éclusier que réalise Franz Rickenbach (1988) et La Vierge noire où, en six épisodes tournés par Jean-Jacques Lagrange, puis par Igaal Niddam, est décrite l’arrivée d’une Africaine venue épouser un Suisse romand (1989 et 1990) : la série reçoit en 1991 le Panda d’or, premier prix du Festival de Shanghai.



Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Michel Viala, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 3, p. 2002–2003, voir figure p. 2002.

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