Rythmique Jaques-Dalcroze

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Méthode d’éducation à la musique et au mouvement corporel par le rythme musical

La r. est dévelopée au début du XXe siècle par →Émile Jaques-Dalcroze, alors enseignant au Conservatoire de Genève. Observant chez ses élèves un rapport à la musique qu’il juge trop abstrait, il cherche à leur faire acquérir une meilleure oreille et le sens du rythme en les faisant participer avec leur corps à leur jeu instrumental ou vocal. Il structure dès lors toute une façon d’éduquer où le corps joue lui-même le rôle d’intermédiaire entre les sons et la pensée. Il complète peu à peu ses cours de solfège de milliers d’exercices destinés à développer l’audition intérieure et accroître la perception intime et corporelle du rythme. Après avoir exposé ses principes dans deux conférences au Conservatoire de Lausanne et au Congrès annuel de l’Association des musiciens suisses à Aarau (1902), il commence à les mettre en application d’abord au Conservatoire de Genève (1902-05) puis, pour répondre aux vives protestations et devant l’hostilité de ses collègues, hors de l’institution, au Victoria-Hall. Il préconise de réformer aussi l’enseignement musical à l’école, et ses élèves – notamment Nina Görter et Catharina van Rennes – accomplissent un intense travail de diffusion de ses idées, bientôt codifiées dans un vaste ouvrage intitulé Méthode Jaques-Dalcroze pour le développement rythmique et le sentiment tonal (1906). Après ses tournées de démonstration en Allemagne (1907 et 1909) et en Autriche (1909), le mécène allemand Wolf Dohrn construit pour lui un institut dans la cité-jardin de Hellerau, près de Dresde. Quittant le Conservatoire de Genève, qui vient d’introduire officiellement l’enseignement de la r. pour les enfants jusqu’à 12 ans, Jaques-­Dalcroze va diriger l’Institut de Hellerau: la Bildungs­anstalt für Musik und Rhythmus (1910). Pendant quatre­ ans, il y enseigne sa méthode et organise des démonstrations, puis de grands spectacles qui connaissent un retentissement considérable, en particulier l’Orphée de Gluck (1913). Les réalisations de Hellerau attirent l’élite de l’Europe intellectuelle, suscitant l’enthousiasme de nombreux musiciens, chorégraphes, éducateurs ou médecins qui voient dans la r. un moyen de libération des carcans artistiques et socio-culturels de l’époque. Le scénographe →Adolphe Appia est alors plus qu’un disciple: un collaborateur. L’influence de la r. sur les milieux artistiques est considérable. On vient du monde entier à Hellerau, puis à Genève. La r. influence de nombreuses personnalités dont des musiciens comme →Frank Martin, →Édouard Combe, →Ernest Ansermet, des danseurs comme →Alexandre Sakharoff ou Vaslav Nijinski, des peintres comme Ferdinand Hodler ou le sculpteur James Vibert, des auteurs comme Henri Roorda, Pierre Girard, Paul Claudel, et des metteurs en scène comme →Georges Pitoëff, Jacques Copeau, Charles Dullin, et aussi Jo Baeriswyl. Durant la guerre, s’ouvre à Genève l’Institut Jaques-Dalcroze (1915), où se forment en vingt ans (1915-34) 7’523 élèves de 46 nationalités différentes, qui participent à la diffusion de la r. à travers le monde, notamment en ouvrant des écoles. Après avoir rénové la manière d’enseigner le solfège comme l’harmonie et désigné le corps pour intermédiaire entre sons et pensées, Jaques-Dalcroze travaille sur la sensation musculaire. Il conçoit un entraînement physique qui habitue à établir le rapport entre dynamisme des mouvements et situation du corps dans l’espace, entre durée et amplitude des mouvements, entre préparation et aboutissement des gestes, dans le but de prendre conscience du rythme et de vivre corporellement un sentiment esthétique. Après la réforme de l’enseignement musical et l’ouverture de cours de r. dans les écoles publiques genevoises et vaudoises (1919), ainsi que son utilisation thérapeutique pour les enfants atteints de troubles du développement (1917) et de cécité (1922), la r. intéresse les milieux médicaux qui, sous l’impulsion de Pierre Janet entre autres, en dégagent les aspects d’éducation psychomotrice et recommandent son enseignement thérapeutique (1924). Dès lors, la r. acquiert une reconnaissance croissante et se répand sous tous ses aspects, particulièrement en Europe du Nord et dans les pays anglophones. De nos jours, elle est enseignée dans de nombreuses écoles publiques de Suisse, ainsi que dans la majorité des conservatoires.

Bibliographie

  • Claire-Lise Dutoit-Carlier, "Jaques-Dalcroze créateur de la r.", in Frank Martin, Tibor Dénes et al., Émile Jaques-Dalcroze, l’homme, le compositeur, le créateur de la rythmique, Neuchâtel, La Baconnière, 1965.
  • Marie-Laure Bachmann, La r. Jaques-Dalcroze, une éducation par la musique et pour la musique, Neuchâtel, La Baconnière, 1984.
  • Nathan Thomas, "Dalcroze eurhythmics and rhythm training for actors in American universities", Université d’État du Michigan, 1995.
  • Frank Martin, Écrits sur la r. et pour les rythmiciens, les pédagogues, les musiciens, Genève, Institut Jaques-Dalcroze, 1995.
  • J. Timothy Caldwell, Expressive Singing: Dalcroze Eurhythmics for Voice, Englewood Cliffs NJ, Prentice Hall, 1995.
  • Ruth Alperson, "A Qualitative Study of Dalcroze Eurhythmics Classes for Adults", Université de New York, 1995.
  • Joachim Gobbert, Zur Methode Jaques-Dalcroze: die rhythmische Gymnastik als musikpädagogisches System: Wege und Möglichkeiten der plastischen Darstellung von Musik durch den menschlichen Körper, Frankfurt am Main / Berlin / Bern, Paul Lang, "Studien und Dokumente zur Tanzwissenschaft" n° 2, 1998.


Autrice: Marie-Laure Bachmann



Source:

Bachmann, Marie-Laure: Rythmique Jaques-Dalcroze, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 3, p. 1547–1548.