Jeux profanes genevois: les Alouilles, les Failles, le Feuillu

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Manifestations traditionnelles populaires et saisonnières

Ces célébrations de la campagne genevoise, d’origine celtique et liées aux saisons étaient plus ou moins tombées en désuétude dans la première moitié du XXe siècle; elle ont été restaurées grâce à une théâtralisation accrue. Les Alouilles et les Failles se présentent comme deux actes de la même fête, dont la date coïncide avec le premier dimanche du Carême. Au début de l’après-midi, les jeunes gens se réunissent devant le domicile des mariés de l’année écoulée. À hauts cris, ils leur promettent un beau garçon et réclament "les alouilles, les alouilles!", c’est-à-dire oranges, caramels et autres friandises qu’on leur lance par la fenêtre. La célébration se poursuit à la nuit tombée avec l’embrasement devant le village réuni des failles (ou fâyes), perches portant des faisceaux de branches et de sarments entourés de paille, à la façon de flambeaux. Il s’agit par ce feu de se concilier les éléments pour les récoltes à venir. La coutume veut enfin qu’on s’amuse à sauter par-dessus les braises. Autrefois célébrées dans toute la campagne genevoise ainsi qu’au pied du Salève et dans le Pays de Gex, souvent condamnées par les autorités ecclésiastiques, les Failles n’ont pas résisté en France à la Première Guerre mondiale, mais se sont maintenues dans quelques communes genevoises jusque dans les années soixante, pour ne subsister au début du XXIe siècle que dans le seul village de Cartigny, où le groupe local de la Fédération du costume genevois (FCCG) a entrepris en 1938 de donner à cette tradition un souffle nouveau. En 2001, la FCCG présente Autour des failles à la Salle communale de Plan-les-Ouates, spectacle avec récitant, chœur et orchestre imaginé à partir de la composition originale Quercus de Patrice Michaud. Cette fête se nomme les Brandons ailleurs en Suisse romande. Le Feuillu quant à lui, autrefois orthographié folhui ou folliu, dérive du terme patois fou désignant le hêtre (fagum). Fêtée le premier dimanche de mai, cette réjouissance populaire célèbre le retour du printemps, dans les communes du canton de Genève, entre l’Arve et le Rhône surtout. Variant selon l’époque et le lieu, il connaît deux constantes: la quête de victuailles (farine, œufs, beurre, fromage et vin) et le cortège allant de maison en maison annoncer le renouveau. Jusqu’au début du XXe siècle, c’était l’apanage des adolescents, les jeunes filles élisant de leur côté une Reine de Mai. Ce sont maintenant des enfants qui tiennent les rôles principaux: dans le cortège, ils agitent drapeaux et cloches, les filles portent des couronnes de fleurs et un couple de petits mariés, élus roi et reine de la fête, prend place sur un char garni de feuillages. Le Feuillu a donné son nom à un groupe folklorique genevois de danses et de costumes, admis en 1956 au sein de la Fédération suisse des costumes et coutumes: sous la direction de Jo Baeriswyl et de Paul Pulh, ce groupe a déjà présenté à plusieurs reprises Le Jeu du Feuillu d’→Émile Jaques-Dalcroze, qui dramatise et met en musique les épisodes de la fête.

Bibliographie

  • Charles Duchemin, Le Feuillu, une ancienne tradition populaire de la campagne genevoise, Genève, 1951.
  • Jean-Daniel Blavignac, L’Empro genevois, Genève, 1979 (1879).


Auteur: Éric Eigenmann



Source:

Eigenmann, Éric: Jeux profanes genevois: les Alouilles, les Failles, le Feuillu, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 2, p. 931.