Théâtre de Neuve, Genève GE

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Principale scène dramatique et lyrique genevoise (1783-1879)

Lorsque les puissances garantes françaises, sardes et bernoises interviennent pour réduire les troubles de Genève en juillet 1782, M. de Jaucourt, plénipotentiaire français, exige la construction d’un théâtre pour distraire les officiers. Le Conseil de Genève accepte d’élever une salle de spectacle sur un terrain que possède la Ville, à la porte de Neuve du côté des Bastions, emplacement qui avait déjà accueilli en 1766 le théâtre en bois de Rosimond, incendié en 1768. Financé par un comité d’actionnaires privés, le T. est bâti en pierre dès la fin juillet 1782 par Pierre David Matthey et le maître-maçon Ulrich Heldt selon les plans de Claude-Jean-Baptiste Jallier de Sauvault. Durant la construction, une salle de spectacle provisoire est aménagée au Jeu de Paume de Saint-Gervais, et François Gallier de Saint-Gérand, ancien directeur du Théâtre de Châtelaine, s’y installe avec sa troupe (19.9.1782), avant d’inaugurer le nouveau lieu (18.10.1783) avec Le Jeu de l’amour et du hasard de Marivaux, où joue notamment Fabre d’Églantine. Après une première saison médiocre et déficitaire, Jean-Marie Collot d’Herbois dirige ce théâtre jusqu’en 1787, associé à René Desplaces, puis Saint-Gérand revient aux affaires (1787-91). Durant cette première période, la troupe comprend 18 comédiens, 11 chanteurs et un orchestre. Il présente des drames comme Le Barbier de Séville de Beaumarchais, L’Indigent et Zoé de Louis Sébastien Mercier et des opéras comme Zémire et Azor de Grétry. Des tumultes et troubles de l’ordre public interrompent plusieurs fois le déroulement des représentations, puis provoquent la fermeture du lieu en 1791. Le théâtre sert alors de club révolutionnaire (1793-94), puis on y installe une école de filature (1794-96) et une fabrique de cotonnades (1796-98). Après l’annexion de Genève à la France, le T. rouvre ses portes sous la direction de Saint-Gérand (1798-1802). Faute de moyens et de public suffisants, le lieu est fermé (1803-05) avant d’être racheté par Alexandre Covelle qui en confie la direction à Pépin (1805-13). Dès 1807, ce théâtre s’inscrit dans l’organisation des troupes ambulantes françaises desservant aussi Grenoble ou Dijon, et les saisons théâtrales se réduisent à quelques semaines. Le lieu accueille épisodiquement quelques étapes des longues tournées de comédiens comme Talma ou Mlle Mars. À la Restauration genevoise, il n’est utilisé que pour des fêtes et bals commémoratifs comme celui du 31 décembre. De 1817 à 1879, une trentaine de directeurs-impresarios se chargent d’y présenter quelques mois par saison les troupes lyrique et dramatique qu’ils ont pu former. Pour équilibrer les risques financiers, ils font souvent appel à des divas comme Cinti Damoreau (1844), Marietta Alboni (1849/50) ou au ténor Gilbert-Louis Duprez (1849/50). Parmi ces directeurs, remarquons Mme Lintant (1824-32), Pépin, chef d’orchestre (1836-58) et directeur (1836-40 et 1851/52), Matifas qui est protégé par James Fazy (1859-61), Octavien Jenselme (1861-65) et Joseph Roubaud (1865-68 et 1873-76). Hors saison, le lieu accueille aussi des troupes françaises, italiennes, ou alémaniques comme celles de Julius Edele (1841) ou de Wilhelm Löwe (1851, 1852, 1853). En 1833, une nouvelle Société anonyme émet des actions de 500 francs pour s’occuper du T., effort vite dissipé. Une sorte de garantie de déficit de 6’000 francs est accordée en 1867, puis une subvention importante de 33’000 francs en 1869. Au cours des années soixante, le besoin d’une salle plus grande se fait sentir. En 1871, un premier concours est lancé qui aboutit à la construction du →Grand Théâtre, en face du T. qui est alors fermé en avril 1879 pour être démoli l’année suivante.

Données techniques

adresse, place de la porte Neuve, à l’entrée du parc des Bastions. La disposition intérieure et extérieure du lieu est très influencée par le modèle français des réalisations de Soufflot, comme la façade d’inspiration palladienne et l’intérieur en forme de lyre avec trois galeries. Au rez-de-chaussée se trouvent le vestibule et un café; au premier étage, le grand et le petit foyer; au troisième, un appartement pour le directeur et le cafetier. Dimensions de la scène: ouverture 11 m. 50, profondeur 17 m. 50 et hauteur 12 m. 50, avec cintres et dessous. La jauge avoisine les 1’100 places, dont 970 assises (parquet 144, parterre 250, 196 en loge à la première galerie, 180 places sur la deuxième galerie et 200 sur la troisième). En 1866/67, la salle est restaurée et possède un nouveau rideau de scène; le gaz est installé à l’orchestre la même saison.

Bibliographie

  • Jacob-Marc Besançon, Histoire du théâtre­ à Genève, Genève, 1876.
  • Ulysse Kunz-Aubert, Spec­tacles d’autrefois, Genève, 1925.
  • Ulysse Kunz-Aubert, Le Théâtre à Genève, Genève, 1963.
  • Roger de Candolle, Histoire du Théâtre de Genève, Genève, 1978.
  • Revue du Vieux Genève, Genève, 1992.
  • Simone Gojan, Scènes de Suisse, Zurich, 1998.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Théâtre de Neuve, Genève GE, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 3, p. 1912–1913, voir figure p. 1912.