Grand Théâtre de Genève, Genève GE

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Lieu de production et, dès le début du XXe siècle, principalement scène lyrique

Pour remplacer le →Théâtre de Neuve, devenu insuffisant techniquement, en termes de grandeur de scène et de confort pour le public, il semble admis à Genève dès 1861 qu’il s’agit d’en bâtir un nouveau. Les principales oppositions, d’ordre financier, sont levées douze ans plus tard grâce au legs du duc de Brunswick à la Ville de Genève (1873). À partir du projet dessiné par Henri Silvestre pour le concours lancé en 1871 et qui n’aboutit pas, l’architecte genevois Jacques Élysée Goss, finalement désigné, dresse les plans de l’édifice, inspirés à l’évidence par l’Opéra Garnier à Paris. La construction prend cinq années, des fouilles ouvertes en avril 1874 à l’inauguration, par une représentation de gala de Guillaume Tell de Rossini et un dialogue de circonstance écrit par →Marc Monnier (2.10.1879).

Les directeurs sont alors Louis Bernard (1879-81, 1885/86), Tancrède Gravière (1881/82, 1884/85), Louis Bellier et Santerre (1882-83), Olive Lafon (1883-84); Jean Gally (1886-87) fait faillite en trois mois et prend la fuite. Fernand Eyrin-Ducastel se maintient ensuite deux saisons (1887-89) à l’issue de quoi il dépose son bilan, ruiné. L’administration devient municipale (1889-91), avec pour directeur artistique François Dauphin qui, dès sa troisième saison, reprend la direction générale et tous les risques financiers de l’entreprise (1889-96). Il est en parallèle codirecteur du Théâtre des Célestins de Lyon avec Marius Poncet, qui lui succède à Genève (1896-1901). En 1901 aussi part à la retraite le premier chef d’orchestre, Francis Bergalone, qui tenait déjà ce poste depuis 1858 à l’ancien Théâtre de Neuve. Le répertoire qui plaît vers 1880 est celui de l’opéra-comique et des œuvres légères, mais les grands opéras sont de mieux en mieux suivis; à la fin du siècle, une saison présente une quinzaine d’opéras et près d’une vingtaine d’opérettes. L’orchestre du G. présente aussi des concerts symphoniques et des œuvres nouvelles, ainsi plusieurs compositeurs célèbres sont invités à diriger leurs œuvres comme Delibes, Tchaïkowski ou Massenet qui vient plusieurs fois, notamment pour Werther. Longtemps attendues les œuvres de →Richard Wagner sont enfin données au G. à partir de 1889 (Lohengrin) et de 1892 (La Walkyrie). Le directeur suivant est Émile Huguet, d’abord associé à Lucien Sabin-Bressy (1901-04) puis seul jusqu’en 1907. Durant ces trente premières saisons, les directeurs ne se soucient que neuf fois de composer une troupe dramatique, en plus de celle des chanteurs: en 1880/81 et 1882/83 d’abord. En 1890/91, ce soin est laissé à →Alphonse Scheler, directeur du →Théâtre de Lausanne: deux jours par semaine, il fait jouer à Genève les comédiens engagés à Lausanne, où il donne en revanche sa saison lyrique avec les chanteurs de Genève. De 1896 à 1900, la troupe dramatique attachée au G. donne chaque saison une vingtaine de drames ou de comédies; son premier rôle masculin, Paul Brunet, ouvre alors une classe de diction au →Conservatoire de Genève. En 1900/01, elle est réduite de moitié; celle de 1902/03 comprend →Ernest Fournier, et celle de 1905/06 est la dernière troupe de comédie engagée au Grand Théâtre, qui sur le plan dramatique devient une scène ouverte aux représentations de tourneurs parisiens comme Charles Baret.

Dès 1908 et pour dix saisons, la direction du G. est prise par Constantin Bruni, qui concentre les possibilités et les moyens du lieu pour tenter d’améliorer la qualité du répertoire et des représentations; il donne les grands chefs-d’œuvre du répertoire et maintient une bonne activité pendant la guerre, mais il se fâche avec la critique. Michel Chabance lui succède et présente plusieurs créations pour la saison 1917/18. Divers organisateurs de spectacles sont ensuite désignés tour à tour par les autorités de la Ville pour faire vivre le lieu avec le plus souvent des résultats décevants malgré la fondation de l’Orchestre de la Suisse Romande par →Ernest Ansermet, qui modifie la vie culturelle musicale. Le théâtre lyrique est en crise et le G. renonce dès 1926 à une direction permanente. Pour une quarantaine d’années, l’activité musicale et lyrique est due principalement à une société de musique symphonique, à l’Association artistique →Guy Beckmans-→Charles Denizot, puis à l’initiative de la →Société romande de spectacles (1934-62); des réalisations et des accueils composent désormais des saisons fournies et attractives. Le 1er mai 1951 au matin, des essais pour améliorer le feu du 3e acte de La Walkyrie de Richard Wagner allument un incendie qui détruit toute la scène et la salle. Le G. réalise alors ses saisons au →Kursaal de Genève plus communément nommé dès lors Grand Casino (1951-62). Sa reconstruction prend dix années avant qu’il ouvre à nouveau ses portes avec une représentation de Don Carlos de Verdi (10.12.1962).

Marcel Lamy, ancien directeur du Théâtre national de l’Opéra-Comique de Paris, est désigné comme directeur général: il offre deux saisons et demie de spectacles accueillant de grands directeurs d’orchestre et compose des distributions exception­nelles avec des chanteurs à la réputation internationale (1962-65). Il crée aussi Raskolnikoff d’→Heinrich Sutermeister (19.1.1965) et Alissa de Raffaelo de Banfield (14.5.1965). L’exploitation du lieu dépend d’une fondation qui est dissoute en 1964 et remplacée par une Fondation de droit public, laquelle nomme comme directeur général →Herbert Graf (1965-73). Ce metteur en scène viennois renforce et développe la qualité internationale des productions du G., notamment en faisant appel aux plus grandes voix de ces années-là. Alors directeur de l’Opéra de Nancy, le metteur en scène Jean-Claude Riber continue dans cette voie (1973-80), mais tout en reprenant les grands opéras, il propose aussi au public d’importants ouvrages moins connus comme Grandeur et décadence de la ville de Mahagonny de Kurt Weill et →Bertolt Brecht, Les Diables de Loudun, de Krzysztof Penderecki (1977), La Gioconda d’Amilcare Ponchielli (1978), La Femme sans ombre de Richard Strauss (1979). Il collabore aussi notamment avec le scénographe tchèque Joseph Svoboda qui propose là une quinzaine d’espaces de jeu d’anthologie. Après avoir secondé →Rolf Liebermann à l’Opéra de Paris, →Hugues Gall prend pour quinze années la direction du G. (1980-95). Sans perdre les acquis de ses prédécesseurs, il ouvre la scène à des metteurs en scène inventifs comme →Maurice Béjart, Rolf Liebermann, →François Rochaix (avec pour décorateur →Jean-Claude Maret), Ken Russel, Johannes Schaaf, →Matthias Langhoff (avec pour décorateur →Jean-Marc Stehlé), ainsi que →Michel Soutter, →Benno Besson. Dès 1989, paraît bimestriellement La Grange, journal du Cercle du G. et c’est aussi sous son mandat que se règle le problème des archives et collections du G., sauvées mais dispersées après l’incendie de 1951: elles sont conservées à la Bibliothèque musicale de la Ville de Genève, ouverte en 1988 dans la Maison des Arts, qui abrite aussi le →Théâtre du Grütli. Après avoir mené le →Théâtre Municipal de Lausanne-Opéra (1983-95), →Renée Auphan est nommée en 1993 à la direction générale du Grand Théâtre de Genève (1995-2001) où elle présente d’excellentes saisons d’opéra et de ballet. Son mandat est marqué par l’ouverture, dans l’ancienne usine du →BFM - Bâtiment des Forces motrices, d’une nouvelle salle de près de mille ­places inaugurée avec Orphée aux enfers d’Offenbach (19.9.1997), et conçue d’abord pour accueillir les spectacles du G. pendant la période des travaux de réfection de la machinerie (1997/98). Jean-Marie Blanchard reprend la direction dès 2001.

La présence de ballets sur la grande scène de Genève est d’abord liée au développement de l’art lyrique au Théâtre de Neuve où, dès 1838/39, plusieurs danseurs sont engagés lors de la reprise de Robert le Diable, opéra de Meyerbeer. Durant les pre­mières saisons du G. (1879-82), la troupe compte une section de ballet, supprimée par souci d’économie en 1882, et qui fait un retour apprécié après deux saisons étriquées. D’abord composée d’un danseur, de deux premières danseuses et d’une dizaine de seconds danseurs et danseuses, cette section se développe et présente au cours de la saison 1902/03 un premier ballet complet: Coppélia. Elle disparaît ensuite, au profit d’accueils dont, en 1915, les Ballets russes de Serge de Diaghilev qui sont invités avec Carnaval, Les Danses du prince Igor et Soleil de nuit de Léonid Massine où danse Vaslav Nijinski, et reviennent à plusieurs reprises de 1922 à 1929. En 1962, dès sa réouverture après l’incendie, le lieu se dote d’une compagnie nommée Ballet du Grand Théâtre, dont la conduite est confiée à Janine Charrat jusqu’en 1964. Lui succèdent →Serge Golovine (1964-69) puis →Alfonso Catá (1969-73) et →Patricia Neary (1973-78). Ces deux derniers ont pour conseiller artistique leur maître George Balanchine (1970-78) et les pièces Apollon musagète, Sérénade, Concerto Barocco, Les Quatre Tempéraments, Symphonie en ut, Agon témoignent de la tonalité balanchinienne adoptée, bien que des chorégraphies de répertoire soient aussi présentées, comme Coppélia (1972), Casse-Noisette (1973), Cendrillon (1975). Peter Van Dijk, étoile de l’Opéra de Paris, reprend brièvement la tête de l’ensemble (1978-80), puis Hugues Gall, nouveau directeur du G., nomme →Oscar Aráiz à ce poste (1980-88). Le chorégraphe insuffle à la troupe un style novateur de type expressionniste. →Gradimir Pankov en prend ensuite les rênes (1988-95) et la compagnie interprète dès lors exclusivement les œuvres de chorégraphes invités, tels Jiri Kylian, Christopher Bruce, →Guilherme Botelho, Ohad Naharin. En 1996, la direction du ballet est confiée conjointement à François Passard et au chorégraphe italien →Giorgio Mancini, puis à ce dernier uniquement (2001-03); en 2003, le ballet réalise avec →Gilles Jobin Two thousand and three à →La Bâtie-Festival de Genève.

Données techniques

adresse, place Neuve. Le bâtiment mesure 68 m. sur 43 m. 50, soit une surface de 2958 m2.

1o À l’ouverture du lieu et jusqu’à l’incendie de 1951, aux entrées, deux vestibules de 20 m. 40 sur 9 m., l’autre de 8 m. 55 sur 9 m. permettent à six cents personnes d’attendre l’ouverture des bureaux, et le grand vestibule s’ouvre à droite sur la grande salle du Café du Théâtre. Du grand vestibule, trois portes donnent sur le Contrôle (16 m. sur 7 m. 50). La salle est une ellipse irrégulière en "U"; elle mesure 17 m. 80 dans sa plus grande largeur, 19 m. 55 du fond au rideau et 16 m. du plancher du parterre au sommet de la voûte; elle compte trois galeries et peut contenir 1300 personnes, dont 1200 assises. Le cadre de scène a 11 m. 50 d’ouverture et 12 m. 50 de haut; la scène est large de 24 m. pour 16 m. de profondeur. Le faîte de la scène culmine à 36 m. au-dessus du sol, les cintres montent à 23 m. au-dessus du plancher et les dessous de scène plongent à 9 m. sous le plancher.

2o Après l’incendie, la reconstruction de l’intérieur est assurée par les architectes Charles Schopfer, de Genève, et Marcello Zavelani-Rossi, de Milan. La décoration de la salle est due à un artiste installé à Genève depuis vingt ans, Jacek Stryjenski: le plafond qui se prolonge jusqu’à inclure le rideau pare-feu est exécuté en tôle d’aluminium travaillée au feu et rehaussée par des feuilles d’or et d’argent. Toute la surface est percée d’un millier d’orifices lumineux ornés de verres de Murano, dessinant un ciel étoilé comme une voie lactée; trois ouvertures plus importantes y sont pratiquées pour installer les projecteurs d’avant-scène et autres sources d’éclairage. Cette œuvre est réalisée après la mort de l’artiste sous la supervision de deux architectes: son oncle par alliance Albert Cingria (fils d’Alexandre Cingria) et Georges Taramasco. Le foyer et l’entrée, peu touchés par l’incendie, sont rénovés en conservant le style second Empire. La salle est entièrement refaite et compte 1500 places: 600 au parterre, 600 à l’amphithéâtre et 300 sur la première et la seconde galerie. La scène centrale est formée de six ponts, de chacun 2 m. 40 sur 17 m. montés sur pistons hydrauliques, qui peuvent varier indépendamment les uns des autres de 10 m. au-dessous à 2 m. au-dessus du niveau ordinaire du plateau. L’arrière du plateau offre une structure de 10 m. de profondeur sur 17 m. de large, ce qui équivaut à quatre pans de la scène principale, et cette partie peut glisser sur des rails horizontaux et prendre la place de la scène centrale si celle-ci s’abaisse dans les dessous de scène. Deux espaces latéraux qui mesurent à eux deux plus de surface que la scène centrale gardent hors de vue les chariots mobiles pour des parties de décors à pousser sur la scène centrale. Cet équipement permet quatre possibilités simultanées pour le montage des décors, sans compter la capacité des cintres. Le nouveau cadre de scène peut varier de 18 à 12 m. d’ouverture et de 9 à 6 m. de haut. La scène centrale peut être enveloppée d’un cyclorama de 27 m. de haut et 60 m. de développement, d’un panorama de même hauteur et de 21 m. de large, parallèle quant à lui au fond de scène. Le nouveau gril permet aux cintres de monter à 30 m. au-dessus du plateau. Outre les locaux techniques et administratifs plus nombreux, une grande salle de répétition, de surface similaire à celle du plateau, est aménagée sous le parterre. La fosse d’orchestre mesure 18 m. de large sur 5 m. 50, et peut contenir cent musiciens. Les trois ponts qui en constituent le fond peuvent être à des niveaux différents ou hydrauliquement montés au niveau du plateau pour former une avant-scène.

3o Les importants travaux de réfection effectués en 1997 et 1998 renouvellent la sécurité, agrandissent la fosse d’orchestre, amplifient les dégagements et adaptent la machinerie aux techniques actuelles.

Bibliographie

  • A. L., Le Nouveau Théâtre de Genève, Genève, Jules Carey, 1879.
  • Charles Martinet, Trente ans de Théâtre à Genève, [Genève], Isaac Soullier, [1908].
  • Émile Delphin, Le Grand Théâtre de la Ville de Genève, Genève, 1913.
  • Roger de Candolle, Histoire du Théâtre de Genève, Genève, 1978.
  • Coll., 1879-1979, le G., reflets d’aujourd’hui, Genève, Fondation du G., [1979].
  • Jean-Jacques Roth, G. opéras, moments d’exception, Fribourg/Paris, Office du livre/Vilo, 1987.
  • Leïla El-Wakil, "Jacques-Élysée Goss, d’un petit au Grand Théâtre", in Revue du Vieux Genève, 1992.
  • Christian Schirm, Catherine Courtiau et al., Le G., Genève, Suzanne Hurter, 1995.
  • Richard Cole, La Vie musicale au G. entre 1879 et 1918, Genève, Université et Conservatoire, 1999.
  • Éric Pousaz, Alain Perroux, Pierre Michot et al., G. 1995-2001, l’ère Auphan, Genève, 2001.


Auteur/Autrice: Joël Aguet / Anne Davier (danse)



Source:

Aguet, Joël / Davier, Anne: Grand Théâtre de Genève, Genève GE, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 744–746, voir figure p. 744.