Ernest Ansermet

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* 11.11.1883 Vevey VD; † 20.2.1969 Genève. ∞ 1906 Marguerite Jaccottet, sœur de l’écrivain Georges Jaccottet.

Parallèlement aux mathématiques, A. étudie le piano et travaille aussi plusieurs instruments, notamment des cuivres. Il obtient en 1903 la licence ès sciences de l’Université de Lausanne et part pour Paris en 1905 dans le but de préparer une thèse en Sorbonne. Il y fréquente aussi le Conservatoire, où il assiste aux cours d’André Gédalge. Réalisant que la musique est sa véritable voie, il décide de s’y consacrer entièrement et, de retour en Suisse en 1906, il travaille avec Otto Barblan, Alexandre Dénéréaz et →Ernest Bloch. Après avoir séjourné un an à Berlin en 1909, il est appelé à diriger quelques concerts à la tête de l’Orchestre de la Ville de Lausanne, puis est nommé en 1912 chef de l’Orchestre du Kursaal de Montreux, dont l’activité est bientôt interrompue par la guerre. En 1915, il devient chef titulaire des concerts d’abonnement de Genève; il est alors remarqué par Serge de Diaghilev qui l’engage pour une tournée des Ballets russes, collaboration reconduite jusqu’en 1923. Il y dirige notamment plusieurs créations dont Parade d’Erik Satie sur un argument de Jean Cocteau au Théâtre du Châtelet à Paris (18.5.1917), Le Tricorne de Manuel de Falla d’après Alarcon à l’Alhambra de Londres (22.7.1919), Renard d’Igor Strawinsky sur un texte de →Charles Ferdinand Ramuz à l’Opéra de Paris (18.5.1922). L’expérience qu’il acquiert à la tête des orchestres de Lausanne, Montreux et Genève ainsi que le faible niveau artistique de ceux-ci l’incitent à former un orchestre professionnel capable d’assurer des concerts de qualité dans toute la région, l’Orchestre de la Suisse Romande (OSR), qu’il fonde en 1918 et dont il est le chef titulaire jusqu’en 1967. Sa réputation grandit à l’étranger. En 1923, il forme un orchestre national à Buenos Aires; il effectue aussi plusieurs tournées, en Union Soviétique (1929 et 1933), au Mexique (1934) et aux États-Unis (1937) tout en étant chef associé de l’Orchestre symphonique de Paris. Son activité internationale est interrompue par la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle, si l’on excepte quelques concerts dans le Reich allemand en 1942, il reste en Suisse, hissant peu à peu l’OSR au niveau des meilleurs orchestres européens. Aussi, en 1947, la firme Decca conclut un contrat avec l’orchestre et son chef qui gravent, jusqu’en 1968, près de trois cents œuvres les plus diverses et cette politique d’enregistrement fait rayonner dans le monde entier le prestige de l’OSR. Considéré comme l’un des plus grands interprètes de la musique française et russe, A. est l’un des pionniers de la musique du XXe siècle. Il crée notamment des ouvrages composés par Ernest Bloch, Benjamin Britten, Manuel de Falla, →Arthur Honegger, Serge Prokofiev et surtout Igor Strawinsky dont il fut l’un des interprètes privilégiés: il dirige par exemple l’orchestre de l’→Histoire du Soldat, lors de sa création au →Théâtre de Lausanne, Lausanne VD (28.9.1918). Chef d’orchestre de concerts surtout, il dirige aussi Fidelio de Beethoven, son opéra préféré, et La Flûte enchantée de Mozart à Genève, La Tempête de →Frank Martin à l’Opéra de Vienne (1956) et à Genève (1967), et du même compositeur Monsieur de Pourceaugnac à Genève, Boris Godounov de Moussorgski à Hambourg (1964). Il dirige à plusieurs reprises Pelléas et Mélisande de Debussy, notamment à Genève, New York, Rome et Hambourg et il en réalise deux enregistrements discographiques de référence. Il a en outre dirigé à New York la première audition d’Atlantide de Manuel de Falla dans une version complétée par Ernesto Halffter. Peu abondant, son œuvre de compositeur n’a guère retenu l’attention, mais il s’est signalé comme théoricien avec Les Fondements de la musique dans la conscience humaine (1961) ouvrage dans lequel il tente une approche philosophique et mathématique du phénomène musical.

Bibliographie

  • François Hudry, E. A. pionnier de la musique, Lausanne, L’Aire, 1983.
  • Jean-Claude Piguet, La Pensée d’E. A., Lausanne, Payot, 1983.
  • Jean-Louis Matthey, Jean-Jacques Rapin, E. A: 1883-1969, catalogue de l’exposition, Lausanne, 1983.


Auteur: Jacques Tchamkerten



Source:

Tchamkerten, Jacques: Ernest Ansermet, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 53.