Jean Morax

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*  16.9.1869 Morges VD, 11.5.1939 Morges VD. Frère de →René M. auteur dramatique.

À 20 ans, M. se voue à la peinture, suit les cours d’Édouard Castres à Genève puis, en 1889, après le baccalauréat, part à Paris où il devient élève de Luc Olivier Merson, Jean Benjamin-Constant et Jean-Paul Laurens. Pour La Nuit des quatre-temps que son frère lui dédie, il conçoit avec un grand souci de réalisme régional et historique les décors et les costumes de la création, au →Casino de Morges (29.11.1901), en collaboration avec Aloys Hugonnet, lui aussi peintre morgien. En 1903, il réalise de même avec eux Claude de Siviriez au Théâtre de Lausanne et La Dîme à la salle des Fêtes de Mézières, dont l’immense succès conduit à la fondation en 1908 dans ce village du →Théâtre du Jorat. En 1903 encore, il signe le décor de l’Alpe, cinquième acte du Festival vaudois d’→Émile Jaques-Dalcroze. Précis et documentés, ses décors s’apparentent alors aux meilleures productions historicistes du début du siècle. Peintes à la gouache, ses maquettes de costumes respectent les ornements d’époque et les données sociales tout en proposant des ensembles harmonieux de couleurs. Il est désigné pour dessiner ceux de la →Fête des Vignerons de Vevey 1905, dont le livret est confié à son frère et la musique à →Gustave Doret. L’ayant vu à l’œuvre, Doret lui demande de concevoir les costumes de sa légende dramatique Les Armaillis créée à l’Opéra-Comique de Paris (13.11.1906), puis au →Grand Théâtre de Genève (1908), où ils collaborent de même pour Le Nain du Hasli (4.2.1908). Il travaille à nouveau à l’Opéra-Comique pour Le Chemineau de Xavier Leroux (1907). Au Théâtre du Jorat, il reproduit d’abord fidèlement la réalité paysanne environnante, en accord avec la dramaturgie naturaliste des premières pièces de son frère: pour Henriette par exemple (1908), il installe au centre de la scène un arbre, un buisson et une fontaine de village d’où coule vraiment de l’eau. À Mézières, la création d’Aliénor (1910) maintient cette esthétique, qui culmine en 1911 avec l’Orphée de Gluck dans une reconstitution de Doret, des décors de Lucien Jusseaume et des costumes à la grecque dont il s’occupe. Ensuite, ses décors évoluent vers une forme de stylisation qui s’écarte des conventions illusionnistes de la scène. En 1912, pour la nouvelle version, plus ample, de La Nuit des quatre-temps, il simplifie ses esquisses, élude les détails véristes pour plus de synthèse des formes, travail qui s’affirme dans Tell en 1914, en collaboration avec le décorateur Louis Molina. Les grands panoramas de l’Alpe ou du Glacier, le toit de la cabane en triangle équilatéral, la boule de l’arbre sur la place affirment une tendance à géométriser les lieux habités auxquels répondent les masses naturelles brutes des montagnes et des lacs. Après la Première Guerre mondiale, il collabore au Jorat avec Alexandre Cingria pour Le Roi David en 1921 et Judith en 1925. Dès lors, il adopte plus volontiers les couleurs vives et la manière foisonnante et baroque de ce peintre, notamment pour le traitement de la végétation, tant dans les décors de théâtre que dans sa propre peinture. Il conçoit encore à Mézières avec Aloys Hugonnet Davel (1923), La Terre et l’Eau (1933) et La Servante d’Évolène (1937), avec →Gaston Faravel pour les décors Roméo et Juliette (1929) et La Belle de Moudon (1931). Au →Théâtre Municipal de Lausanne dans l’entre-deux-guerres, il signe seul décors et costumes d’une demi-douzaine de réalisations de son frère, dont La Farce du Goguelu (1920) et L’Esprit du mal (1936). Peintre de paysages influencé par les nabis, il expose surtout en Suisse: à Yverdon (1894), Genève (1896), Bâle (1898), Vevey (1901) Lausanne (1904), mais aussi à Paris, à l’Exposition universelle (1900), où il reçoit une médaille de bronze pour les Vendanges, et au Salon des Indépendants (1902 et 1903), ainsi qu’à Munich en 1905. Par ailleurs, ses illustrations pour les affiches des théâtres de Morges ou de Mézières, et celles publiées dans plusieurs ouvrages d’histoire suisse, ou certaines pièces et contes de son frère conservent la fraîcheur de l’imagerie populaire et se révèlent très efficaces dans leur naïveté. Jusqu’en 1939, l’édition de plus de deux cent cinquante cartes postales des comédiens en costume, des décors et des maquettes des principales créations de l’artiste a contribué à populariser son travail au théâtre et permet aujourd’hui d’apprécier celui-ci dans son évolution.

Bibliographie

  • René Morax, Alexandre Cingria, "J. M.", in Formes et Couleurs no  3, 1941.
  • Pascal Besson [et al.], Théâtre du Jorat. 75 ans d’images, Denges / Lausanne, Verseau, 1983.
  • Rosa-Théa Creton, Peintres morgiens et décors de théâtre, [Morges], Société d’histoire de la Côte, 1993.

Sources

  • Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne;
  • Musée Alexis Forel, Morges;
  • Collection suisse théâtre, Berne;
  • collection familiale.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Jean Morax, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 2, p. 1272–1273, voir figure p. 1273.

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