Théâtre du Jorat, Mézières VD

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Lieu de production biennal (1908-87), puis lieu estival d’accueil et de production

Située à seize kilomètres au nord-est de Lausanne, dans la région du Jorat, la commune de Mézières fait appel à →René Morax pour fêter le centenaire de l’entrée du Canton de Vaud dans la Confédération: à partir d’un fait d’histoire locale, prémisse de l’indépendance vaudoise, il écrit La Dîme et mêle chansons et chœurs composés par Alexandre Dénéréaz. Cette pièce historique en quatre actes est jouée par des amateurs du village qui aménagent une salle des fêtes de 1’200 places dans le hangar aux tramways. Le spectacle visant l’authenticité obtient dès la première (15.4.1903) un triomphe populaire. Fort de cette adhésion et de l’envergure nationale que lui donne le rayonnement de la →Fête des Vignerons de Vevey en 1905, Morax réalise à Mézières son idée d’Un théâtre à la campagne (1907). Sur une parcelle qu’il y a louée, le T. est bâti provisoirement tout en bois suivant le modèle des contructions éphémères pour fêtes et festivals. Projet de théâtre populaire, comme il en apparaît plusieurs en France au tournant du siècle, il bénéficie de la collaboration de nombreux artistes dont les plus fidèles sont, pour les costumes et les décors, →Jean Morax et Aloys Hugonnet, pour la musique →Gustave Doret et jusqu’à la fin des années quarante, les pièces qui s’y jouent sont de René Morax. Ils encadrent les comédiens qui, dans les premières années, sont essentiellement des amateurs. Le T. est inauguré par la générale d’Henriette de Morax (7.5.1908), drame naturaliste dont l’accueil est glacial.­ Heureusement pour la survie de l’entreprise, La Dîme, plus consensuelle, est reprise en alternance. Le solde négatif du bilan général de l’opération – dans lequel est compris le coût de construction de l’édifice – est finalement couvert par les entrées, deux souscriptions publiques et un petit emprunt bancaire, remboursé grâce au spectacle suivant: Aliénor (16.5.1910). Cette touchante histoire de châtelaine romontoise se faisant troubadour pour retrouver son mari capturé lors d’une croisade est d’ailleurs plusieurs fois remontée au T. pour en renflouer la caisse (1926, 1965, 1987). Après la belle réalisation par Doret de l’Orphée de Gluck, avec des décors de Lucien Jusseaume (1911), et une plus ample version de La Nuit des quatre-temps (1912), René Morax présente Tell (28.5.1914), où il condense les épisodes du mythe national, entremêlés de chœurs héroïques qui marquent plusieurs générations. La guerre interrompt tout, puis le lieu redémarre superbement avec Le Roi David de Morax, sur une musique d’→Arthur Honegger et des décors conçus en partie par Alexandre Cingria (11.6.1921), réussite artistique tentée à nouveau, avec les mêmes créateurs pour Judith (13.6.1925). Durant l’entre-deux-guerres, les rôles principaux et bientôt même les petits rôles sont confiés aux professionnels actifs à Lausanne ou à Genève. Ce lieu qu’on commence à nommer la Grange sublime présente Davel (19.5.1923), une version moraxienne du Roméo et Juliette de Shakespeare que met en musique Frank Martin (1.6.1929), La Belle de Moudon, avec Honegger (30.5.1931), La Terre et l’Eau (10.6.1933) et La Servante d’Évolène (29.5.1937), triomphe populaire reconduit en 1939. Les réalisations du Jorat représentent alors la Suisse à l’Exposition de Bruxelles en 1935 (reprise de Tell) et de Paris en 1937 (La Servante d’Évolène). Après cinq ans d’interruption due à la guerre, Morax présente Charles le Téméraire avec Honegger pour compositeur, des costumes d’Alexandre Cingria et des décors de →Gaston Faravel (27.5.1944), puis La Lampe d’argile sur une musique d’→André-François Marescotti, des décors et d’élégants costumes de Faravel, le tout mis en scène par Julien Bertheau assisté de →Roland Jay (31.5.1947): ce sont deux échecs. La situation pousse le T. et son comité à s’ouvrir à de nouveaux auteurs à la fibre populaire. Le premier d’entre eux est →Gilles qui donne Passage de l’Étoile avec une musique de →Hans Haug, dans des décors et des costumes de →Raoul Domenjoz (3.6.1950) puis La Grange aux Roux musique de →Jean Binet (28.5.1960). Samuel Chevallier écrit Le Silence de la terre, mis en musique par →Robert Mermoud et mis en scène par Pierre Valde (30.5.1953). →Géo H. Blanc présente sur cette scène Le Buisson ardent, tragédie biblique en trois actes, avec une musique d’→Heinrich Sutermeister (31.5.1958) et rédige pour ce lieu en 1966 les textes intermédiaires de Je chanterai toujours!, montage de musiques de Gustave Doret, à l’occasion du centième anniversaire de la naissance du compositeur. Mis à part deux adaptations de classiques – L’Alcade de Zalamea de Calderón, que Jean Bovey intitule Justice du Roi, en 1963, et en 1969 La Mégère apprivoisée de Shakespeare, revue par Paul Delair et augmentée de quelques chœurs écrits par Émile Gardaz sur une partition de Robert Mermoud – le Jorat n’offre ensuite que des reprises jusqu’à la fin des années septante et la création de la pièce du journaliste Henri-Charles Tauxe Le Chevalier de Grandson mise en scène par →Gérard Carrat dans des décors de →Thierry Vernet (3.6.1978). Le T. cherche un nouveau souffle car tout nouvel auteur qui s’y risque est sommé de résoudre la quadrature du cercle: faire comme Morax pour plaire au public tout en réformant le genre, désormais archaïque. Plus ouverte sur le monde, La Croix du Sud d’→Émile Gardaz avec des musiques d’André Ducret et José Barrense Dias, mise en scène par Gérald Zambelli offre un nouvel élan, mais il ne dure pas (juin 1985). La direction du lieu est mise alors entre les mains de →Pierre Walker, auquel succède un an plus tard le metteur en scène →Jean Chollet qui vient d’y reprendre Aliénor (1987). Ce dernier propose des saisons d’été composées pour l’essentiel d’accueils visant un nombreux public, auxquels se joint un opéra en début de saison qu’y produit le TML-→Opéra de Lausanne (1986-98) et des opérations occasionnelles comme la réalisation de Guillaume le Fou de →Fernand Chavannes (1993). Quelques créations théâtrales ressortent de cette période récente, comme César Ritz & Co de →Bernard Bengloan présenté par Chollet (6.7.1991), ou À l’Ouest des légendes d’→Eugène que réalise →Gianni Schneider (23.5.1998). Le directeur y monte aussi presque chaque année une de ses pièces ou adaptations: Christophe Collomb d’après le journal du navigateur (1992), Farinet d’après Ramuz, Zorba d’après Kazantzaki (1997), Les Confessions d’un solitaire d’après Rousseau, Pouchkine (1999), Folle journée à Venise (22.6.2000), L’Or d’après Cendrars (2001), Marylin et le Savant (18.6.2002).

Données techniques

La salle compte 1162 places, en rangs de gradins parallèles à la scène. De la fosse d’orchestre, le chœur peut monter à vue sur la scène par des gradins en escaliers. Le cadre de scène est de 10 m. d’ouverture et de 7 m. de hauteur; la scène est profonde de 12 m., plus une avant-scène de 6 m. si les escaliers et la fosse d’orchestre sont couverts; elle est large de 25 m. et haute de 10 m. Un accès de plain-pied au sol par de larges portes de part et d’autre de la scène permet l’arrivée de chars ou de chevaux. La salle de réception est derrière le T., dans le verger nommé Parc aux biches. Grâce à d’importants soutiens financiers, le T. acquiert en 2003 la propriété voisine, nommée Champ du Buisson, et sa maison de maître bâtie en 1916 pour y aménager des espaces de réceptions et des dépôts.

Architecture

construction en 1908, sous la direction des frères Pillionel de La Sallaz qui travaillent à la réalisation définitive des plans des architectes Robert Maillard et Chal de Genève. En 1922, l’affaissement du toit nécessite une réparation intérieure, faite par l’architecte Georges Mercier, alors président du Comité du Théâtre. Des arcs de bois croisés, invisibles sous les lambris de la salle, la consolident, en supprimant les piliers qui supportaient les bas-côtés du toit. En 1937, le Théâtre aménage un magasin de décors et une salle de répétition derrière la scène.

Bibliographie

  • Vincent Vincent, Le T., Neuchâtel, Attinger, 1933.
  • Pierre Meylan, René Morax et Arthur Honegger au T., Lausanne/Paris, Cervin/Ploix, 1966.
  • T. 75 ans d’images, Denges-Lausanne, Verseau, 1983.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Théâtre du Jorat, Mézières VD, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 3, p. 1920–1922, voir figure p. 1920.

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