Georges Pitoëff

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*  4.9.1884 Tiflis (ancienne Russie, actuellement Tbilissi, Géorgie), †  17.9.1939 Genève. Fils du directeur du Théâtre de Tiflis. ∞ 1915 (Paris) Ludmilla de Smanov.

À Paris, où il termine des études de droit, P. fait la connaissance de la comédienne Véra Komissarjevskaïa qui l’engage à la rejoindre dans son théâtre, à Saint-Pétersbourg. Il y joue et rencontre ceux qui révolutionnent alors l’art dramatique: Meyerhold, Taïrov, Evreïnov (1908-09). Il se rend en Allemagne, à Hellerau, où il découvre la →rythmique d’→Émile Jaques-Dalcroze (1911). De retour en Russie, il développe son expérience pratique de la scène au Théâtre ambulant accessible à tous de Gaïdebourov, et dans le cadre pétersbourgeois de sa propre compagnie: Notre Théâtre (1913) en mettant en scène les grands auteurs russes et ceux du répertoire européen, qui pour une bonne part vont devenir des classiques du XXe siècle (Ibsen, Schnitzler, Wilde). Il quitte la Russie au début de 1914 et rencontre à Paris une jeune Russe, Ludmilla de Smanov. Elle prépare l’entrée au Conservatoire et sa voix le bouleverse: elle va devenir sa comédienne fétiche. Avec elle, il rejoint son père à Lausanne, puis s’installe à Genève, où il monte d’abord un spectacle dans sa langue pour la colonie russe. À Genève, il suit régulièrement les cours de rythmique donnés par Jaques-Dalcroze. À la Comédie de Genève, il est engagé par →Ernest Fournier pour être Löveborg dans Hedda Gabler d’Ibsen, au côté de la créatrice du rôle-titre, →Greta Prozor, venue tout exprès de Paris, avec laquelle il travaillera plusieurs fois à nouveau. Après une dizaine de réalisations dans différentes salles genevoises, il se fixe dès janvier 1918 à la →Salle communale de Plainpalais, théâtre de 500 places au plateau exigu, où il réalise dès lors chaque saison en moyenne deux pièces par mois, issues d’un nouveau répertoire, avec des Russes inconnus (Tchekhov, Tolstoï, Ostrovski, Gorki, Blok, Andréev), plusieurs futurs grands auteurs européens (Strindberg, G. B. Shaw, Synge, Maeterlinck), et quelques Suisses dont →Fernand Chavannes et →Mathias Morhardt. Il apporte aussi une esthétique où l’action comme le décor sont stylisés, synthétisés, recentrés sur le jeu expressif du comédien. Sans esprit de système, il varie ses approches en fonction de chaque œuvre dramatique. Il bâtit peu à peu une troupe professionnelle, avec notamment Nora Sylvère, comédienne hollandaise établie à Genève, →Jean Bard, →Alfred Penay, →Jean Hort, →Michel Simon, →Alice Reichen, →Eugène Ponti. Pour ces saisons, il propose quatre à cinq mois de représentations à Genève, quelques incursions dans d’autres villes suisses, et trois mois de reprises à Paris: bien que toujours précaires, les conditions de vie et de travail s’améliorent. Il crée en français à Genève Oncle Vania de Tchekhov (8.1.1921), qu’il a traduit avec sa femme en collaboration avec Chavannes et présente sa réalisation à Paris la même année, au Théâtre du Vieux-Colombier que dirige Jacques Copeau. Pour la rentrée genevoise de l’automne 1921, Macbeth de Shakespeare enregistre un grave échec public, amorce d’une désaffection durable qui le décide à partir s’installer à Paris, fin janvier 1922, avec toute sa troupe de vingt-deux personnes, dont seize Suisses. Dès lors à la Comédie des Champs-Élysées (1922-24) puis au Théâtre des Arts (1924-31) et à celui des Mathurins (1934-39) principalement, il fait découvrir au public français son riche répertoire étranger auquel viennent s’ajouter notamment Pirandello et Hamsun, réalisant quatre à six nouvelles pièces par an, pour autant de reprises. Au côté de Jouvet, Dullin et Baty, il défend dans le cadre du Cartel qu’ils forment ensemble un théâtre d’art des plus inspirés. Sa probité artistique exemplaire influence Jean Bard et Jean Hort, deux metteurs en scène qui comptent pour la génération suivante en Suisse romande. Il contribue aussi à former le jeune →François Simon. Sans succès en revanche, il tente, de faire passer à Paris deux des meilleurs écrivains romands: Chavannes, avec Magie en 1929 et Ramuz avec l’→Histoire du Soldat qu’il met en scène en 1924 au Théâtre des Champs-Élysées, après avoir tenu le rôle dansé du Diable, à la création lausannoise (28.9.1918). Plusieurs de ses textes ont été recueillis par Jean de Rigault et publiés sous le titre Notre théâtre (Paris, Messages, 1949).

Bibliographie

  • Jacqueline Jomaron, G. P. metteur en scène, Lausanne, L’Âge d’homme, "Théâtre des années 20", 1979, avec bibliographie.
  • Jean Hort, La Vie héroïque des P., Genève, Pierre Cailler, 1966.
  • Revue Spectacles n° 1 dédié à "Tchekhov et P.", Paris, 1960.
  • André Frank, G. P., Paris, L’Arche /TNP, "Le Théâtre et les Jours", 1958.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Georges Pitoëff, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 2, p. 1413–1414.

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