Benno Besson

Aus Theaterlexikon
Wechseln zu: Navigation, Suche

*  4.11.1922 Yverdon-les-Bains VD. ∞ Io Sabine Thalbach, comédienne, ∞ IIo Ursula Karusseit, comédienne, ∞ IIIo Coline Serreau, comédienne, auteur, scénariste et réalisatrice. Père de →Katharina Thalbach, comédienne et metteur en scène, de Pierre Besson, comédien, et du metteur en scène →Philippe Besson.

B. joue et signe ses premières mises en scène avec un groupe d’étudiants de la région d’Yverdon qui se nomme Troupe des sept (1941), puis Troupe des écoliers (1942-43). Il monte notamment des farces de Molière, comme La Jalousie du barbouillé (1941) et Le Médecin volant où il joue Sganarelle, ainsi que Baldini de Jenny Lucioni et Jean-Marie Serreau où il tient le rôle-titre (1943). Ces réalisations de jeunesse enchantent déjà par leur légèreté et la capacité du metteur en scène à utiliser au mieux les possibilités des acteurs et les contraintes de tous ordres. De 1942 à 1947 à Zurich, il travaille au →Schauspielhaus comme metteur en scène assistant et poursuit des études de littérature à l’Université. À l’occasion d’une soirée du parti ouvrier et populaire à Yverdon, il traduit un texte de →Bertolt Brecht Die Drei Soldaten et le réalise avec des militants sous le titre La Bataille de Kohlen (1946). Puis il accompagne Jean-Marie Serreau, qu’il avait rencontré à Lyon au début de 1942, dans une tournée en Allemagne (1947/48). On lui doit notamment, avec Geneviève Serreau, l’adaptation de L’Exception et la Règle de Brecht, que Jean-Marie Serreau crée en français en 1947, au Théâtre des Noctambules, à Paris. Cette même année, B. rencontre Brecht à Zurich, et celui-ci l’invite à venir travailler avec lui, à Berlin. B. vit dès lors près de trente ans en République Démocratique Allemande (1949-77). Membre du Berliner Ensemble jusqu’en 1958, il est délégué pour adapter, avec Geneviève Serreau, Mère Courage et ses enfants, créé en français par Jean Vilar à Suresnes, avec le Théâtre National Populaire (18.11.1951). En allemand, il collabore avec Brecht à l’adaptation de plusieurs grands classiques, en particulier Don Juan d’après Molière, spectacle fondateur pour le renouvellement que souhaite Brecht de la lecture des classiques. Il crée d’ailleurs cette version et sa mise en scène inaugure la nouvelle salle du Berliner Ensemble am Schiffbauerdamm (19.3.1954). Il collabore aussi avec Brecht et Elisabeth Hauptmann à d’autres adaptations dont Le Procès de Jeanne d’Arc à Rouen, 1431 tiré du livre d’Anna Seghers, qu’il réalise avec le Berliner Ensemble au Deutsches Theater de Berlin (23.1.1952), et Tambours et Trompettes d’après George Farquhar, qu’il monte au Berliner Ensemble (19.9.1955). Après la mort de Brecht, B. y crée encore Les Jours de la Commune (17.11.1956), y met en scène La Bonne Âme de Se-Tchouan de Brecht (1957) après l’avoir déjà réalisée l’année précédente à Rostock, puis il quitte la troupe. Il continue de mettre en scène une à deux grandes réalisations par année, festives et critiques, dénonciatrices et ludiques, présentant en particulier de nombreuses pièces de Brecht. Parmi celles-ci, on peut citer Homme pour homme à Rostock (1958), pièce qu’il reprend au moment de quitter la direction de la →Comédie de Genève, Genève GE (1988), Sainte Jeanne des abattoirs qu’il réalise notamment à Stuttgart et Rostock (1961) et crée en français au →Théâtre Municipal de Lausanne, où l’invite →Charles Apothéloz (8.5.1962), et Turandot ou le Congrès des blanchisseurs qu’il crée à Zurich, au Schauspielhaus (5.2.1969), assumant ainsi, quinze ans plus tard, les vœux de l’auteur. De 1962 à 1968, à l’invitation de →Wolfgang Langhoff, il présente au Deutsches Theater de Berlin des spectacles marquants où, tout en reprenant la méthode d’analyse brechtienne des enjeux historiques des pièces, il en renforce le caractère théâtral par le recours à la pantomime et aux masques, comme dans La Paix d’Aristophane (1962) — un de ses spectacles qui provoque le plus d’enthousiasme public — par le baroquisme des costumes, comme dans Le Tartuffe de Molière (1963), ou celui des décors dans Le Dragon d’Evguéni Schwartz (1965), présenté au Théâtre des Nations à Paris (1966). Il monte aussi La Belle Hélène d’Offenbach (1964) et Œdipe roi de Sophocle, adapté par Heiner Müller (1967). Il assume ensuite la direction artistique de la Volks­bühne de Berlin (1969-77), où il s’adjoint entre autres la collaboration de →Matthias Langhoff et de Manfred Karge. Il présente alors notamment Le Roi-Cerf de Carlo Gozzi (1971) et une lecture novatrice de La Tragique Histoire d’Hamlet de Shakespeare où le Prince de Danemark représente un ordre ancien, vindicatif, auquel s’oppose le pouvoir régulateur d’un État en formation (1977). Il y entame dès 1973 une longue collaboration avec le scénographe Ezio Toffolutti, qui l’accompagne entre autres au Festival d’Avignon, où il présente dans la Cour d’honneur du Palais des papes, de 1976 à 1978, Comme il vous plaira et Hamlet de Shakespeare, et Le Cercle de craie caucasien de Brecht. Après la Volksbühne, il parcourt l’Europe comme metteur en scène indépendant, travaillant dès lors fréquemment avec →Werner Strub qui confectionne les masques de la nouvelle version d’Œdipe roi, présenté à Spoleto (1980). Appelé à diriger la →Comédie de Genève, Genève GE (1982-89), il y met en scène d’abord L’Oiseau vert de Gozzi, spectacle repris et tourné durant quatre saisons (1982-86), dans un décor à transformations de →Jean-Marc Stehlé, avec qui il collabore par la suite à de nombreuses reprises. Il amorce aussi une exploration du répertoire du XIXe siècle, avec Le Sexe faible de Flaubert (20.3.1984), Moi de Labiche suivi de Le Dîner de Mademoiselle Justine de la Comtesse de Ségur (9.10.1984), qu’il poursuit avec notamment Mille francs de récompense de Victor Hugo, au →Théâtre Vidy-Lausanne, Lausanne VD (1990) et Cœur ardent d’Alexandre Ostrovski, au Théâtre national de Bretagne à Rennes (1991). Il crée alors aussi les premières pièces de sa compagne, Coline Serreau, avec qui il explore le quotidien et les lieux communs de notre époque: Lapin Lapin, au Théâtre de la Ville à Paris (14.1.1986) et Le Théâtre de verdure à la Comédie (19.2.1988), et plus tard, Quisaitout et Grobêta, au Théâtre national de Bretagne (16.3.1993). En 1989, à l’issue de son mandat à Genève, il participe à la campagne favorable à l’initiative Pour une Suisse sans armée en créant Jonas et son vétéran de →Max Frisch, au Schauspielhaus de Zurich (19.10.1989), puis en français le lendemain à Vidy. Il réalise encore des spectacles féeriques comme Le Roi-Cerf de Gozzi, en français, au Cado d’Orléans, puis à la Comédie de Genève et en tournée (1997-99) ou travaille à Vidy dans le registre de la farce grotesque Tartuffe (1995-96) et L’École des maris (1997) de Molière. Deux fois lauréat du prix national de la RDA (1965 et 1974), B. reçoit en 1985 l’→Anneau Hans-Reinhart, décerné par la →Société suisse du théâtre. Il est lauréat du prix de la Ville de Genève (1987) et du grand prix de l’État de Vaud (1996). Il est fait Chevalier de la légion d’honneur en 2002. Un portrait filmé lui est consacré: B. B. metteur en scène (Plans-fixes no  1204, 2002), et →Philippe Macasdar réalise une vidéo vhs intitulée, B. L’Ami étranger (Genève, Berlin, 1993).

Bibliographie

  • André Müller, Der Regisseur B., Berlin, 1967.
  • Anne Cuneo et Jesus Moreno, B. et Hamlet, Lausanne, 1987.
  • Christa Neubert-Herwig (Dir.), B. Jahre mit Brecht, Willisau, 1990.
  • Christa Neubert-Herwig (Dir.), B. Theater Spielen in acht Ländern, Berlin, 1998.
  • Henri Cornaz (dir.), B. Jouer en apprenant le monde, Yverdon-les-Bains, 1998.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Benno Besson, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 186–187.