Comédie de Genève, Genève GE

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Troupe et lieu de production (1909-48), puis lieu d’accueil et de production

"La C." désigne d’abord la troupe dramatique qu’→Ernest Fournier fonde et installe durant trois ans (1.12.1909-23.1.1913) à la Salle communale de Plainpalais, rue de Carouge (actuellement →Théâtre Pitoëff, Genève GE). Ensuite, il fait construire son propre théâtre. Avec le soutien de la section genevoise de l’Union pour l’→Art social, il constitue le 20 juin 1911 une Société par actions au capital de 350’000 francs, dont il détient un quart à lui seul. Inauguré le 24 janvier 1913, le Théâtre de la C. reste en mains privées jusqu’à sa faillite et son rachat par la Ville de Genève en 1947. À la suite d’un important renflouement financier par la Ville et l’État de Genève en 1979, un organe de surveillance administrative est mis en place, la Fondation d’art dramatique (FAD) qui supervise aussi le →Nouveau Théâtre de Poche, Genève GE; dès cette saison 1979/80, le nom du lieu est officiellement Comédie de Genève. Depuis ses débuts, Ernest Fournier se voue au répertoire français de bonne tenue littéraire. La troupe qu’il dirige depuis 1909 travaille à l’année, mais ne fonctionne pas selon l’alternance du répertoire, jouant à la suite et présentant une affiche nouvelle à peu près chaque semaine. De plus, cherchant l’intérêt d’un public cultivé, il propose chaque mois le jeudi en matinée la représentation d’une œuvre classique. Au printemps 1916, la Comédie a l’honneur de recevoir Jacques Copeau qui y met en scène plusieurs pièces, et participe à la création de Guillaume le Fou de →Fernand Chavannes (3.6.1916). Fournier meurt en décembre 1937 et, après deux années conduites vaille que vaille, il est fait appel au début de 1940 au comédien français →Maurice Jacquelin pour seconder la direction, puis dès la saison 1940/41 au titre de directeur. Jusqu’en 1948, celui-ci poursuit au même rythme que son prédécesseur la création de nouvelles pièces et de classiques, avec une attention mieux marquée aux auteurs romands. En 1945, →Giorgio Strehler réalise là, avec la Compagnie des Masques, ses premières mises en scène: Meurtre dans la Cathédrale de T.S. Eliot et la création mondiale de Caligula de Camus (24.6.1945). Dès 1948/49, Jacquelin cesse d’engager la troupe des comédiens à l’année: sa saison ne se compose plus que d’une demi-douzaine de réalisations genevoises et se complète avec les spectacles des tourneurs parisiens, principalement Herbert et Karsenty. Le comédien et metteur en scène genevois →André Talmès qui lui succède (1959-74) poursuit dans cette voie. Alors directeur du Nouveau Théâtre de Poche (1962-75), →Richard Vachoux prend la direction de la Comédie (1974-82) et il y rompt l’emprise des tourneurs parisiens, développant des collaborations avec le →Centre Dramatique de Lausanne et les Centres dramatiques français. Il encourage aussi la production locale, sans parvenir à trouver un public suffisant pour soutenir son action, ce qui mène à la crise financière de 1979 et à la constitution de la FAD. Nommé ensuite, →Benno Besson (1982-89) réalise d’entrée de jeu un spectacle exceptionnel, L’Oiseau vert de Carlo Gozzi qui obtient un immense succès en Suisse, à travers toute l’Europe et au Canada, ouvrant aux comédiens romands de nouvelles perspectives en matière de tournées internationales. Besson met en scène le grand répertoire mondial de Molière à →Bertolt Brecht, accueille des spectacles hors normes venus de toute l’Europe et favorise la création de plusieurs auteurs romands, dont →Paul Lambert et →Jacques Probst. Pour lui succéder, Besson propose →Matthias Langhoff, qui étudie alors les transformations nécessaires à un lieu de production de niveau européen. Les autorités genevoises n’acceptent pas les demandes de Langhoff et la FAD nomme →Claude Stratz (1989-99), sous le mandat duquel l’ouverture aux grands noms de la mise en scène européenne se développe, assortie de quelques tremplins à la création genevoise. Lui-même met en scène Pirandello et Marivaux, Claudel et Ibsen et crée Le Drame d’→Olivier Chiachiarri (12.5.1997). En 1999, →Anne Bisang, metteur en scène issue du off genevois, prend la tête de l’institution. Le remplacement des lieux par une architecture adaptée aux besoins actuels est périodiquement à l’étude à Genève depuis vingt ans: l’immobilisme des autorités à ce sujet incite des gens de théâtre à se réunir en Association pour une nouvelle C., présidée par →Michel Kullmann, et qui projette un nouveau bâtiment dans le quartier genevois de la Jonction.

Données techniques

adresse, boulevard des Philosophes 6. Mise en chantier durant l’été 1911, la C. est bâtie selon les plans dessinés par l’architecte Henry Baudin, membre de l’Art social. Le style de construction, avec l’ordonnance symétrique de la façade en molasse appareillée, se rattache à la tradition classique en vigueur à Genève autour de 1800. De plan rectangulaire, la salle compte trois balcons vis-à-vis de la scène. Les éléments sculptés et le ­pavement de mosaïque sont dessinés par Erich Hermès. De 750 places à l’origine, puis aménagée à 820, la salle n’en compte plus que 696 après les transformations de 1962 qui éliminent le troisième balcon et placent une cabine de régie en haut de la salle. Les différents espaces ouverts au public, dont les deux foyers du 1er et du 2e étage, sont modernisés dans le goût du temps. Depuis 1997, une Petite Comédie, de 220 places, a été aménagée plusieurs fois dans la grande salle. Les foyers, comme le vaste hall d’entrée, sont souvent utilisés pour les animations ou les spectacles s’adressant à des publics restreints. Dimensions de la scène: ouverture 8 m. 50; largeur du plateau 13 m.; auteur du cadre de scène 6 m. 10; gril à 14 m. 20. Fosse d’orchestre prévue à l’origine pour 25 musiciens. Déga­gements latéraux et ­arrière-­­scène, mais avec un pan coupé à cour. Scène tournante à disposition. Un étage de dessous de scène. 35 cintres à commande manuelle.

Bibliographie

  • Henry Baudin, "Le Théâtre de la Comédie à Genève", in L’Œuvre no 3, 1914.
  • Matthias Langhoff, Le Rapport Langhoff: projet pour la Comédie de Genève, Genève, Zoé, 1987.
  • Christine Amsler, "La Comédie de Genève, une réalisation de l’Union pour l’Art social?", in Des pierres et des hommes, hommage à Marcel Grandjean, Lausanne, Bibliothèque historique vaudoise, 1995.
  • Joël Aguet, Claude Stratz, La Comédie de Genève 1989-1999, Genève, FAD, 1999.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Comédie de Genève, Genève GE, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 395–396.