Werner Strub

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* 17.2.1935 Bâle.

Après un semestre à l’École des arts décoratifs à Bâle, S. s’établit à Genève à l’âge de 20 ans. Il y obtient un diplôme d’interprète et découvre surtout à la fin des années cinquante les masques de théâtre en cuir d’Amleto Sartori, point de départ de sa vocation. Il commence dès lors une patiente appréhension en autodidacte de l’art d’en fabriquer. À partir de 1965, il travaille pour le →Théâtre de Carouge comme machiniste et constructeur de décor sous la conduite de →Jean-Marc Stehlé,­ puis réalise ses premiers masques pour Rosaura de Goldoni que met en scène Marc Fayolle (1966), Les Charognards de Robert Weingarten créés en français par Roger Blin (14.3.1968), La Serrana de José Herrera Petere (31.1.1969) et Antigone de Sophocle (1970), deux spectacles montés par →Philippe Mentha. Il s’écarte pourtant du demi-masque traditionnel de caractère et imagine des masques complets, englobant toute la tête de l’acteur et révélant les caractéristiques psychologiques et sociales des personnages. Après avoir découvert les spectacles de →Benno Besson et de son scénographe Horst Sagert, il se rend en 1972 à Berlin et collabore au Deutsches Theater avec Sagert durant quatre mois. Avec Sagert, il prend conscience du rôle déterminant que peut jouer le matériau sur le pouvoir d’expression du masque. Il s’intéresse dès lors aux matières souples (cuir, tissu) ainsi qu’aux éléments végétaux (herbes, fleurs séchées, paille) et organiques (poils, fourrure, laine). De 1973 à 1980, il fabrique les masques pour Le Jeu des puissants adaptés d’après Shakespeare et mis en scène par →Giorgio Strehler au Festival de Salzbourg (1973) et ceux pour Gilles de Rais, texte écrit et dirigé par Roger Planchon au Théâtre National Populaire à Villeurbanne (1976). Il confectionne de même les masques de Pétrouchka, chorégraphie de →Maurice Béjart, à Bruxelles (1977) et ceux de Prométhée enchaîné d’Eschyle que réalisent Manfred Karge et →Matthias Langhoff avec le Théâtre de Carouge-Atelier de Genève (1978). Durant cette période, il collabore aussi avec le →Théâtre Am Stram Gram pour La Reine des neiges d’Andersen (1975) et Comment la souris reçoit une pierre sur la tête et découvre le monde d’Étienne Delessert (1980). Dès 1980, il collabore étroitement avec Benno Besson pour Œdipe de Sophocle au Festival de Spoleto (1980), puis Hamlet de Shakespeare (1983), Le Médecin malgré lui de Molière (1985-86) et surtout L’Oiseau vert de Gozzi (1982-86) à la Comédie de Genève et en tournée. Ses masques acquièrent une notoriété internationale, ce qui lui vaut de représenter la Suisse à la Quadriennale de scénographie de Prague en 1987. À Am Stram Gram, il façonne ensuite les masques anthropomorphes de Mademoiselle Rouge de Michel Garneau que présente Dominique Catton (1.11.1989). Il participe aux réalisations de →Jean-Louis Hourdin, comme Coups de foudres. Imprécation dans l’abattoir de Michel Deutsch à la Comédie (29.1.1991), Farces, spectacle sur des textes de Dario Fo et Molière, joués au →Festival de la Cité à Lausanne et en tournée (1992) et Sans titre de García Lorca au →Nouveau Théâtre de Poche (1993). Il élabore des masques pour Ubu roi d’Alfred Jarry réalisé par →Geneviève Pasquier et →Nicolas Rossier (1997) ainsi que pour deux spectacles mis en scène par Hansgünther Heyme au →Théâtre Vidy-Lausanne, Ion d’après Wieland en 1997 et Alceste d’Euripide en 1998. Pour Besson, il confectionne les masques du Roi-Cerf de Carlo Gozzi au Cado d’Orléans (1997), du Cercle de craie caucasien de →Bertolt Brecht au Théâtre de la Colline à Paris (2000) et de Mangeront-ils ? de Victor Hugo à Vidy (2002). Dès la fin des années quatre-vingt, il développe une nouvelle technique et conçoit des masques translucides, en fil et en ficelle, œuvres d’art non destinées à la scène. En 2003, →Jean Liermier l’incite à développer aussi pour la scène cette formule nouvelle en tissu très léger, où les yeux et la bouche sont peints, lors d’un stage de l’→ÉSAD et la réalisation au Théâtre de Carouge d’On ne badine pas avec l’amour de Musset (2004). De ses premiers masques en cuir, réalisés au début des années soixante, aux figures évanescentes en fil de soie, son travail rejoint progressivement l’épure. De nombreuses expositions lui ont été consacrées, notamment au Centre culturel suisse de Paris (2002). Il reçoit le Kulturpreis de Bâle-Campagne en 1993 ainsi que l’→Anneau Hans-Reinhart en 2000.

Bibliographie

  • Masques. W. S. et le théâtre, Genève, 1985.
  • Benno Besson et W. S., "Le masque “est” le personnage", in Le masque. Du rite au théâtre, Paris, 1985.
  • Masques. Pour un théâtre imaginaire, Musée des arts décoratifs de la Ville de Lausanne, 27.11.1987 - 7.2.1988, Lausanne, 1987.
  • "Anneau Hans-Reinhart 2000 W.S."in Mimos n° 2, Bâle, 2000.
  • L’Avant-scène théâtre n° 1064, Paris, 2000.


Autrice: Anne-Catherine Sutermeister



Source:

Sutermeister, Anne-Catherine: Werner Strub, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 3, p. 1769–1770.

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