Les Faux-Nez, Lausanne VD

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Compagnie (1948-53), compagnie et lieu de production (1953-60), instance de production (1960-63) et petite scène de l’institution théâtrale lausannoise (1960-73), puis cabaret-théâtre (1973-94)

La Compagnie des F. est fondée à Lausanne en novembre 1948 autour d’un projet: reprendre le spectacle Les Faux Nez, tiré d’un scénario de Jean-Paul Sartre que →Charles Apothéloz vient de créer avec une quarantaine de participants à la théâtrale de Belles-Lettres à Montreux et à Lausanne (24 et 26.11.1948). Autour d’Apothéloz, se regroupent alors Jacques Clavel, →Jacques Guhl, Freddy Buache, Roger-Virgile Geiser, Bellettriens auxquels se joignent une demi-douzaine de jeunes acteurs et actrices dont Paule Heimberg, François Canton, Sonia Djevahir, Erwin Huppert, et cinq musiciens dirigés par Philippe Subilia. Ils perfectionnent ce spectacle en le jouant en tournée dans les villages vaudois et le présentent au Concours des jeunes compagnies en juin 1949 à Paris, obtenant le troisième prix du Concours et le prix de la mise en scène. De retour à Lausanne, ils réalisent un spectacle pour enfants au →Théâtre Municipal de Lausanne (TML), Bidibi et Bamban au cirque (3.12.1949). Ruinés par l’expérience, ils s’installent à Eygalière dans le Sud de la France pour un essai de vie en communauté qui ne dure que quelques mois. Les F. font à nouveau parler d’eux à Lausanne en inaugurant, le 3 mars 1953, leur propre petit théâtre­ de poche façon Saint-Germain-des-Prés, qu’ils aménagent depuis plusieurs mois dans une cave de la rue de Bourg appartenant à la famille Iynedjian. Après à peine plus d’un an d’exploitation et une quinzaine de nouvelles réalisations, ne reste de la première équipe qu’Apothéloz, tenant dès lors à bout de bras toute l’aventure en s’entourant de comédiens décidés comme →Armand Abplanalp, arrivé dès l’automne 1949, et aussi, à partir de 1953, →Bernard Arczynski, →Jean Bruno, →Jacqueline Burnand, →Bernard Liègme, →Fernand Berset, →Marcel Imhoff, →Pierre Boulanger, entre autres. À côté de premières réalisations dans l’esprit loufoque et satirique des Grenier-Hussenot, le répertoire présente jusqu’à la fin de la décennie les auteurs de l’avant-garde des années cinquante, comme Tardieu, Ionesco, Ghelderode, Audiberti, Beckett, essentiellement sous la direction d’Apothéloz. Il offre aussi, pour la plupart en création, plus d’une vingtaine de textes d’auteurs romands, parmi lesquels on retient →Rodolphe Töpffer, →Franck Jotterand, →Charles Ferdinand Ramuz, →Géo H. Blanc, →Fernand Berset, →René Morax, →Jacques Guhl, →Jack Rollan, →Henri Debluë. Dès 1956, la Compagnie des F. réalise aussi de plus grandes manifestations en s’adjoignant le concours de nombreux comédiens lausannois ou genevois: des spectacles en plein air, comme la création de Musique de tambour de →Fernand Chavannes au festival d’Aubonne (15.7.1956), la réalisation sous chapiteau intitulée Y’en a point comme nous tirée par →Jack Rollan de son Petit maltraité d’histoire suisse (3.5.1958), ou sous le nouveau label de Théâtre populaire des F. deux grands classiques à prix populaires dans la vaste salle du →Théâtre de Beaulieu, Le Revizor de Gogol adapté par →Alfred Gehri (1958) et George Dandin de Molière (1959). Au cours de l’automne 1959, Apothéloz est nommé directeur artistique du TML. Depuis ce poste, il organise les forces vives du théâtre régional sous la bannière du →Centre Dramatique Romand (CDR). Les F. apparaissent encore un temps comme organisme de production au sein du CDR, et surtout comme la petite scène de l’institution. Si Apothéloz y réalise encore quelques spectacles très suivis, dont Les Chaises de Ionesco (1961) et Le Brave Soldat Chveik d’après Hasek (8.6.1962), le lieu présente des spectacles plus expérimentaux, dont plusieurs réalisations d’Armand Abplanalp (1960-62), d’→Alain Knapp, et la salle est par période utilisée pour des répétitions. Apothéloz y présente encore Le Procès du cerfeuil d’→Adolf Muschg (20.10.1971), puis le CDR, devenu Centre dramatique de Vidy et dès 1972, →Centre Dramatique de Lausanne (CDL), quitte le TML, situé à une centaine de mètres des F., et s’installe au →Théâtre de Vidy, éloigné de plusieurs kilomètres: les liens entre les deux salles se distendent. Dès la saison 1973/74, les F. deviennent cabaret-théâtre et accueillent de nombreux chansonniers, activité liée à l’émission Club de nuit de la Radio Suisse Romande, animée par Jean Charles (1973-75). Supervisé par →Jacques Bert, le lieu reste lié au CDL et montre parfois encore des réalisations de café-théâtre, mais présente surtout de la chanson française, à raison de vingt-cinq à trente spectacles par saison. Y passent alors tous ceux qui comptent dans ce domaine, dont →Pascal Auberson, →Michel Bühler, →Yvette Théraulaz, →Roger Cuneo. En 1989 le nouveau directeur de l’institution lausannoise, →Matthias Langhoff, se défait de la gestion de cette salle, reprise par Le Square Danses SA, société anonyme gérant aussi le Moulin à Danses (MAD) de Lausanne. L’animation des F. est confiée d’abord au comédien et chanteur Jean-François Panet qui poursuit une programmation axée sur la chanson à texte, puis l’équipe du MAD oriente le lieu vers des spectacles d’humour populaire ou de chansons rock et blues. En 1994, la famille propriétaire du bâtiment ne renouvelle pas le bail de location et les F. ferment définitivement.

Bibliographie

  • Jacques Depallens, "Étude sur le Théâtre des F.", mémoire de licence de français, Université de Lausanne­ (1973).
  • Daniel Jeannet, "Le roman-feuilleton des F.", in Construire no  42-45, Lausanne, octobre-novembre 1980.
  • Joël Aguet, Charles Apothéloz, cris et écrits, textes sur le théâtre (1944-1982), Lausanne, Payot, 1990.
  • Christian Jacot-Descombe, Les Airs de la réconciliation. Les musiques actuelles à Lausanne, Lausanne, Payot, 1998.


Auteur: Joël Aguet



Source:

Aguet, Joël: Les Faux-Nez, Lausanne VD, in: Kotte, Andreas (Ed.): Dictionnaire du théâtre en Suisse, Chronos Verlag Zurich 2005, vol. 1, p. 563–564.